‹ Chansons de Gustave NadaudChapitre 118 sur 249 · LA VIE MODERNE · texte numérisé non relu

LA VIE MODERNE

Yois-tii, là -bas, le tourbillon Qui , dans sa course échevelée , Trace ce flamboyant sillon A travers mont, plaine et vallëe?

Flamme et fumée, éclat et bruit 9 S'éteindront sans laisser de trace :

Sais-tu quel est ce char qui fuit?

C'est ton existence qui passe I

Oui , le temps a doublé son cours ; L'humanité se précipite ; Tous les chemins deviennent courts, L'Océan n*a plus de limite.

La vie était longue autrefois ; Sur la pente elle est entraînée ; Nous vivons plus dans un seul mois Que nos aïeux dans une année.

La nature avait des poisons, Le' génie humain les révèle; Il arrache aux vieux horizons Une perspective nouvelle ; Il a d'invisibles moteurs , Des agents subtils , des essences Qui savent calmer nos douleurs Ou décupler nos jouissances.

Les fleurs n'ont plus besoin d*étë;

Les fruits n'attendent plus l'automne ;

iS.

Ce que le sol n*a pas porté, L'industrie active le donne.

Nous avons fait de nos loisirs La mer et le ciel tributaires ; Nos appétits et nos plaisirs Épuisent les deux hémisphères.

Mais a peine respirons-nous Dans cette course haletante ; La vapeur nous emporte tous Debout sur la machine ardente.

L'essieu se fati{jue et se rompt, . Usé , vaincu par la distance ; Ainsi bientôt se briseront Les ressorts de notre existence.

L'aiguille avance ; soyons prêts !

Nous mourrons vieillis avant l'âge ; Nos fils nous suivront de plus près Dans le vertigineux voyage.

Ils auront la vie, à leur tour, Plus rapide encore et meilleure ; Ce que nous usons dans un jour, Ils répuiseront dans une heure.

O le terrible enseignement !

Songes-y : l'instant est suprême.

Où trouveras-tu le moment De te recueillir en toi-même?

Beau voyageur, tu vas partir :

As-tu pris le soin de bien vivre , Ou le temps de te repentir ?

Le convoi passe : il faut le suivre !

Vois-tu , là-bas , le tourbillon Qui , dans sa course échevelëe , Trace ce flamboyant sillon A travers mont, plaine et vallée?

Flamme et fumée, éclat et bruit, S'éteindront sans laisser de trace :

Sais-tu quel est ce char qui fuit?

C'est ton existence qui passe !

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