‹ Chansons de Gustave NadaudChapitre 121 sur 249 · LES HEUREUX VOYAGEURS · texte numérisé non relu

LES HEUREUX VOYAGEURS

Agitez vos houppes de laine , Secouez l'or de vos grelots poudreux.

Chevaux de montagne et de plaine Qui conduisez des couples amoureux !

Nous sommes deux dans la nature , Nous sommes deux qu'unit un doux penchant ,

Et nous courons à l'aventure Après l'aurore et le soleil couchant.

C'est le romanesque voyage, Le grand projet longtemps élabore;

Sur notre front pas un nuage « Pas un souci dans le ciel azuré!

Plus près , ma nouvelle épousée ; Prends sur mon sein la place que je veux ;

Que ton épaule soit posée Sur ce coussin qui sied à tes cheveux.

Ouvre les yeux , lève la tête ; Prends mes baisers, prends, tu me les rendras.

Que le passant naïf s'arrête A regarder le collier de nos bras.

Ne cache pas la violence De ce désir que ton regard trahit;

Qu'il éclate avec insolence ; Que les jaloux en pleurent de dépit 1

Mais non ! que le vent leur envoie Quelques parfums dérobés à nos fleiurs ,

Avec une part de la joie Dont le trop plein s'épanche de nos cœurs.

Soyez heureux par notre faute , Indifférents qui passez près de nous;

-Que notre bonheur soit votre hôte ; A son foyer vous vous chaufiFerez tous !

Où portes-tu tes rêveries , Vieux laboureur jaloux de tes voisins?

Que l'eau visite tes prairies; Que le soleil fréquente tes raisins !

Salut à la laitière blonde !

Gomment, si tard, traversez-vous les bois?

Que votre vache soit féconde , Et que son lait sème l'or sous vos doig^ ! •

Salut au postillon rapide , Au voiturier sur son siège endormi!

Bonsoir, berger, sorcier candide , Regarde -nous avec un œil ami.

Bonsoir, les fillettes rieuses , Les beaux garçons ; regardez donc ici ,

Vous, inquiets, vous, curieuses....

Nous nous aimons; vous aimerez aussi.

Et vous, fleurs des champs, fleurs des villes. Blés frémissant au souffle des vents doux.

Arbustes aux tiges mobiles , N'avez-vous pas vos amours comme nous?

0 ma charmante , écoute , écoute ; Comme le ciel, ma raison est en feu...

Que vois-je?. . . Au détour de la route , Un mendiant.... Arrêtons- nous un peu;

Et que longtemps il se souvienne Des voyageurs joints par un doux penchant,

Qui mirent leur main dans la sienne , I3a jour d'été, par le soleil couchant.

Agitez vos houppes de laine; Secouez l'or de vos grelots poudreux,

Chevaux de montagne et de plaine Qui conduisez des couples amoureux!

LA VIGXE VENDANGEE

Trois jours le raisin a bouilH Au sein de la cuve profonde.

Le vigneron lâche la bonde , Et le vin brûlant a jailli.

Enfants, votre épaule est chargée Du plus précieux des fardeaux ; Allez ; remplissez les tonneaux ; La vigne est vendangée.

Laissez faire le vin nouveau ; Il travaille encore et fermente , Rejetant sa lave écumante Et baissant son propre niveau.

CH AN s OINS. 285

Il se purge de nos souillures ; Comme le cœur loyal et sain , Il sait repousser de son sein Les écumes impures.

O vin ! un jour tu partiras A travers les mers azurées , Pour porter aux froides contrées Un rayon de nos doux climats.

Ainsi , l'œil vif et le pied leste , S'en vont les voyageurs joyeux ; Ils font en chantant leurs adieux ; C'est la douleur qui reste.

.]'ai voulu seul et d'un pas lent ' Revoir la vigne dépouillée ; Une brume froide et mouillée L'enveloppait d'un crêpe blanc.

C'était une mère privée Des bruns enfants qu'elle allaitait; L'oiseau qui dans le bois chantait A perdu sa couvée !

Pourquoi faut-il entretenir La blessure qu'on sait mortelle ?

Toujours une douleur nouvelle Ramène un ancien souvenir. C'est elle encor, mais bien changée ; Nos saisons n'ont pas de retour.

Envolez-vous, mes chants d'amour :

La vigne est vendangée.

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