‹ Chansons de Gustave NadaudChapitre 122 sur 249 · LE CIGARE · texte numérisé non relu

LE CIGARE

J*aime à fumer, je le confesse; Un cig^are me rend heureux :

Il est ma meilleure maîtresse ; Il est Tami de ma paresse , Et je suis souvent paresseux*

Viens donc , mon fidèle cig[are , Mon compagption silencieux ; Que par toi ma raison s'ëgare En des pensers capricieux.

Que j'aime à suivre ta fumée, Tantôt sous un feuilla{«e vert , Tantôt , dans ma chambre fermée , Auprès de la bûche enflammée , Cette verdure de l'hiver.

D^ns chaque flocon qui s'élève Pour s'étendre et s'évanouir, Je vois se balancer un rêve , Et rêver, n'est-ce pas jouir?

N'est-ce pas une douce chose De hausser son esprit aux cieux , De voguer sans suite et sans cause , Dans cet horizon blanc et rose Qu'on ne voit qu'en fermant les yeux?

Ah ! respirer par la pensée Et vivre par les sentiments ,

Ce n'est pas là chose insensée :

Je crois encore aux doux serments.

Non , l'amitië n'est point un leurre , Ami , je connais ta vertu ; Que fais-tu loin de ta demeure?

Lorsque je pense à toi , je pleure.

Mon ami, quand reviendras^tu?

Reviens, j'ai besoin de t'entendre Et j'ai besoin de te parler; Mais j'entends une voix plus tendre Qui vient ici me consoler.

Amour, j'ai maudit ta torture , Je t'ai nie pour trop souffrir ; Ta puissance n'est que trop sûre :

Le cœur a toujours sa blessure Qui se ferme pour se rouvrir.

Mais je n'aperçois que les charmes Que tu livres à tes élus ; Tes yeux ne versent plus de larmes ; Ta blessure ne saigne plus.

Tu bannis ma triste mémoire ; J^ crois à ce monde nouveau , A la vertu comme à la gloire ; Je crois en toi , car je veux croire A tout ce que le ciel fit beau.

Volez , volez , douce fumée :

Là-haut emportez mon espoir ; Ma cendre tombe consumée ; Mon cigare est fini. Bonsoir.

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