‹ Chansons de Gustave NadaudChapitre 126 sur 249 · LES PÊCHEUSES DU LOIRET · texte numérisé non relu

LES PÊCHEUSES DU LOIRET

Salut , la rivière aux eaux bleues , Au rivage sombre et discret, Dont le parcours compte trois lieues , Et que l'on nomme le Loiret.

J'étais assis là sous l'ombrage , Pensant je ne sais trop à quoi ; Je vis , à travers le fenillag^e , • Une barque glisser vers moi.

Je crus y distinguer deux femmes Voguant sur le miroir changeant, Qui coupaient , au tranchant des rames , Le bleu céleste en grains d'argent.

Comment et quelles étaient-elles?

Je ne sais... Pourquoi le savoir?

Le lieu , l'instant les faisaient belles , Et je ne dois pas les revoir.

Bientôt, à la pointe d'une île Où le courant tourne et s'endort , La barque se tint immobile , Gomme un navire assis au port.

£t puis , sérieuses et dignes , Elles prirent dans le bateau Deux roseaux armés de deux lignes Qu'elles allongèrent sur l'eau.

Longtemps je les vis attentives Amorcer en vain les poissons , Et les ablettes fugitives Jouaient avec leurs hameçons.

Oh ! quelle heure délicieuse Nous passâmes là tous les trois , Dans cette extase sérieuse Que donnent l'eau , l'air et les bois !

Je voulus bâtir leur histoire , Je leur construisis un roman Dont jje n'ai pas g^ardé mémoire , Et que je retrouve en dormant.

Mais, hélas! par mon imprudence, Une pierre dans Teau plongea ; Sa chute trahit ma présence ; Lç charme était rompu déjà.

En me voyant elles sourirent , Et je leur fis , triste et confus , Un salut qu'elles me rendirent, Et qu'elles ne me rendront plus.

Et depuis, lorsque, sur la grève, Près de l'eau je marche distrait , Je salue encore en mon rêve Les deux pêcheuses du Loiret.

Page 1