‹ Chansons de Gustave NadaudChapitre 129 sur 249 · LE SULTAN · texte numérisé non relu

LE SULTAN

Le Sultan qui règne à Byzance Est enfermé dans son sérail ; On s'agenouille en sa présence ; On se tait devant le portail.

Depuis le lever de Taurore Jusqu'à ce que le jour ait fui , Il regarde l'eau du Bosphore , Et le Sultan se meurt d'ennui.

De la Perse à l'Adriatique, Et du Danube on ne sait où , L'Europe , l'Asie et l'Afrique Sont le collier qu'il porte au cou.

Il a des pachas qui s'exercent A s'emparer du bien d'autrui , D'autres pachas qui les renversent Et le Sultan se meurt d'ennui.

Il a des courtisans sans nombre , Il a des gardes panachés, Des ulémas en robe sombre Et des vizirs endimanchés.

Il a des flatteurs qu'il décore Pour mettre sa pipe à l'étui , Et pour lui dire qu'on l'adore :

Et le Sultan se meurt d'ennui.

Il a des actrices chrétiennes Pour le distraire par leur jeu , Et des troupes européennes Pour faire l'exercice à feu.

Il a des sultanes instruites A se dévoiler devant lui , Et des banquiers israéUtes....

Et le Sultan se meurt d'ennui.

. Il a chaque jour les harangues Des ambassadeurs de tout rang ,

Qui lui parlent toutes les langues , Excepte celle qu'il comprend.

Chacun , de Pilate à Gaïphe , S'efforce à lui servir d'appui ;

Il a lord Strattford de RedclifFe

Et le Sultan se meurt d'ennui.

Écoute , ma jeune maîtresse , Tu ne sais pas , toi , simple cœur.

Tous les soucis de la richesse ^ Tous les tourments dé la grandeur.

Mais c'est pour nous que l'herbe pousse , Que le soleil luit aujourd'hui; Viens, l'air est pur, la vie est douce , Et le Sullan se meurt d'ennui.

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