TROMPETTE
Trompette, Trompette, Trompette, Est-ce là votre nom? Non.
Mais vous ne souffrez pas, coquette, Qu'on vous appelle ainsi?
Si.
Trompette, Trompette, Trompette, Vous me trompez toujours ;
Trompette, Trompette, Trompette, Vous êtes mes amours.
Trompette est le nom d'une fille; Elle a des cheveux blonds Longs.
L'amour, qui dans ses yeux j)etille.
Ne repose jamais. . . .
Mais,
Trompette, Trompette, Trempette, Vous me trompez toujours ;
Trompette, Trompette, Trompette, Vous êtes mes amours.
Trompette, ma belle maîtresse.
J'aurais moins de souci, Si Vous possédiez plus de sagesse , De grâces, moins, d'appas.
Pas.
Trompette, Trompette, Trompette, Vous me trompez toujours ;
Trompette, Trompette, Trompette, Vous êtes mes amours.
Trompette , Trompette , Trompette , Pourquoi montrer partout Tout?
Cachez plutôt cette toilette , Cet or et ce brocart; Car,
Trompette, Trompette, Trompette, Vous me trompez toujours;
Trompette, Trompette, Trompette, Vous êtes mes amours.
Elle m'a trahi sans vergogne Pour trois ou quatre Anglais Laids ; Pour un vieux prince de Pologne , Et pour deux palatins Teints!...
Trompette, Trompette, Trompette, Vous me trompez toujours ;
Trompette, Trompette, Trompette, Vous êtes mes amours.
Mais , va , je t'oublirai n^oi-même ; C'est déjà tout à fait Fait !
Si je dis encor que je t'aime , Réponds que ton amant Ment!...
Trompette, Trompette, Trompette,
Vous me trompez toujours ; Trompette, Trompette, Trompette,
Vous êtes mes amours.
Trompette , je suis en colère , Et j'en deviens, morbleu!
Bleu.
Mais quoi ! vous souriez , ma chère , Et ma mauvaise humeur Meurt
Trompette, Trompette, Trompette,
Vous me trompez toujours ; Trompette, Trompette, Trompette,
Vous êtes mes amours.
JE jrEMBETE!
Je n'aime pas les hommes d'aujourd'hui , Encore moins aimerais-je les choses ; Assez de gens cueillent toutes les roses ; Moi , je ne vois que soucis et qu'ennui ! Je voudrais bien n'être pas malhonnête, Et n'employer que des termes courtois ; Mais je le dis en ignoble patois :
Moi , je m'embête ! . . .
Je vois pourtant des gens qui , sans remord , Vont à la Bourse apprendre les nouvelles, Et s'informer des baisses éternelles Des fonds d'Espagne et des chemins du Nord.
En écoutant J'efiFroyable tempête , Les hurlements des agents aux abois, Ces bonnes gens s'amusent, je le vois ; Moi , ça m'embête ! . . .
Au cabaret, en lisant les journaux, Nos bons bourgeois font de la politique ; On démolit la jeune république ; On casse tout, verres et dominos ; On se dispute , on crie , on se répète ; En pourfendant les peuples et les rois. Ces braves gens s'amusent, je le crois; Moi , ça m'embête ! . . .
Nos élégants. Anglais par leiu's dehors, Par leur langage et par leur esprit rare , Vont promener la canne et le cigare.
L'habit sans pans et le chapeau sans bords, A s'incruster un lorgnon dans la tête , A se poser en lions, premier choix.
Ces singes-là s'amusent, je le vois; Moi , ça m'embête ! . . .
De l'Opéra jusques au Lazary, Toutes les nuits , la province et la ville Vont se pâmer avec monsieur Clairville , Ou pleurnicher sur monsieur Dennery.
Du triste sort d'un amoureux honnête.
Des calembours d'un histrion grivois.
Ce bon pubhc s'amuse , je le vois ; Moi, ça m'embête...
De ces plaisirs , que je ne comprends pas , Je suis jaloux.... Je porte encore envie
Aux curieux qui dépensent leur vie  lire Sue , et Gozlan , et Dumas ; Mais 9 mieux encor, cet auteur qui s'entête  publier la même œuvre ving^t fois , H. de Balzac, doit s'amuser, je crois; Moi , ça m'embête ! . . .
Pour en sortir, il n'est que deux chemins , Le suicide , ou bien le mariage ; Et ce dernier me sourit davantage , Quoi qu'en ait dit le commun des humains. Ma foi , tant pis ! Je veux risquer ma tête ; Et je ne puis qu'y gagner, je le crois ; Car les maris s'amusent... quelquefois... Et je m'embête ! . . .