‹ Chansons de Gustave NadaudChapitre 12 sur 249 · LE MELON · texte numérisé non relu

LE MELON

J'aime la terre de bruyère, J'aime les rayons du soleil; Â sa bienfaisante lumière , Je deviens riant et vermeil.

J'aime ^a cloche bien fermée Qui me défend de l'aquilon ; J'aime une couche parfumée :

Je suis melon.

Je suis l'unique providence Des charlatans et des auteurs ; Je suis la dernière espérance Des filous et des directeurs.

Je suis le héros des bitumes , Et dans les mines de charbon Je prends des actions posthumes :

Je suis melon.

Je crois aux éternelles flammes Des maris anciens et nouveaux , A la fidélité des femmes , A la bonne foi des journaux , Aux convictions politiques De Démosthène et de Platon , Aux peuphers démocratiques :

Je suis melon.

Je pousse dans la chambre unique (J'en aimerais deux cependant),

Et je couvre la république Sons la cloche du président.

Dans cette fertile Champag^ne, Je pousse , à côté du diardon , Jusqu'au sommet de la montag^ne :

Je suis melon.

En un mot, je suis le seul maître De ce globe où nous végétons ; Et, dans les planètes, peut-être Ai-je d'illustres rejetons.

Vous , enfin , juges peu sévères , Qui m'écoutez là.... tout de bon, Donnez-moi la main , chers confrères , Je suis melon.

L ALTOMx\E.

Déjà l'automne maladive Du temps précipite le cours , Chassant la saison fugitive De la jeunesse e't des amours.

J'ai vu mourir les fleurs nouvelles , Jaunir l'ombrage du bois vert ; J'ai vu s'enfuir les hirondelles :

Printemps, adieu; salut, hiver.

Plus de romanesques voyages Où le hasard guide nos pas ;

Plus de joyeux pèlerinages Que Lisette n'avoûrait pas !

Mais, près du foyer sédentaire, Réglant nos droits et nos devoirs, Nous allons réformer la terre :

Longs jours, adieu; salut, longs soirs.

Des souvenirs de la jeunesse Nous avons une ample moisson ; Chacun de nous a sa maîtresse Dit adieu dans une chanson.

Mais le temps , qui flétrit les roses , Des fruits amène la saison ; Laissons les mots, pensons aux choses : Plaisirs, adieu; salut, raison.

L'âge survient, l'âge nous chasse; Après nous , nos fils vont venir ; Sans regrets de tout ce qui passe , Portons nos yeux vers l'avenir.

Et si quelque image chérie Parfois revient nous émouvoir.

Ne pensons plus qu'à la patrie ! . . .

Regrets, adieu; salut, espoir.

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