LE MELON
J'aime la terre de bruyère, J'aime les rayons du soleil; Â sa bienfaisante lumière , Je deviens riant et vermeil.
J'aime ^a cloche bien fermée Qui me défend de l'aquilon ; J'aime une couche parfumée :
Je suis melon.
Je suis l'unique providence Des charlatans et des auteurs ; Je suis la dernière espérance Des filous et des directeurs.
Je suis le héros des bitumes , Et dans les mines de charbon Je prends des actions posthumes :
Je suis melon.
Je crois aux éternelles flammes Des maris anciens et nouveaux , A la fidélité des femmes , A la bonne foi des journaux , Aux convictions politiques De Démosthène et de Platon , Aux peuphers démocratiques :
Je suis melon.
Je pousse dans la chambre unique (J'en aimerais deux cependant),
Et je couvre la république Sons la cloche du président.
Dans cette fertile Champag^ne, Je pousse , à côté du diardon , Jusqu'au sommet de la montag^ne :
Je suis melon.
En un mot, je suis le seul maître De ce globe où nous végétons ; Et, dans les planètes, peut-être Ai-je d'illustres rejetons.
Vous , enfin , juges peu sévères , Qui m'écoutez là.... tout de bon, Donnez-moi la main , chers confrères , Je suis melon.
L ALTOMx\E.
Déjà l'automne maladive Du temps précipite le cours , Chassant la saison fugitive De la jeunesse e't des amours.
J'ai vu mourir les fleurs nouvelles , Jaunir l'ombrage du bois vert ; J'ai vu s'enfuir les hirondelles :
Printemps, adieu; salut, hiver.
Plus de romanesques voyages Où le hasard guide nos pas ;
Plus de joyeux pèlerinages Que Lisette n'avoûrait pas !
Mais, près du foyer sédentaire, Réglant nos droits et nos devoirs, Nous allons réformer la terre :
Longs jours, adieu; salut, longs soirs.
Des souvenirs de la jeunesse Nous avons une ample moisson ; Chacun de nous a sa maîtresse Dit adieu dans une chanson.
Mais le temps , qui flétrit les roses , Des fruits amène la saison ; Laissons les mots, pensons aux choses : Plaisirs, adieu; salut, raison.
L'âge survient, l'âge nous chasse; Après nous , nos fils vont venir ; Sans regrets de tout ce qui passe , Portons nos yeux vers l'avenir.
Et si quelque image chérie Parfois revient nous émouvoir.
Ne pensons plus qu'à la patrie ! . . .
Regrets, adieu; salut, espoir.