‹ Chansons de Gustave NadaudChapitre 133 sur 249 · MACADAM · texte numérisé non relu

MACADAM

Il faut que ma colère éclate :

J*ai traversé le boulevard; Me voilà fait comme un canard...

Pardon ^ je crois que je me flatte.

Quel est cet affreux badigeon?

Gomment nommez- vous ce mélange De sable , de pierre et de fange , Qui semble un produit de Dijon?

Macadam, patron de la boue.

Reçois cette chanson d'hiver D'un piéton crotté qui te voue A tous les diables de l'enfer !

Il nous vient de l'Ecosse antique, Ton vieux système recrépi ; La banque du Mississipi Sortait de la même boutique.

Pourtant, je dois le confesser.

Tu nous fais voir des choses neuves ; Paris a maintenant dix fleuves , Et pas un pont pour les passer !

Macadam , patron de la boue , Reçois cette chanson d'hiver D'un piéton crotté qui te voue A tous les diables de Tenfer !

Quelquefois , le long du rivage , Je chemine, cherchant un gué;

GHAÎ^SOINS. 307

Je vois le peuple tariste ou gai Qui tourne ou force le passage.

Les uns marchent sur les talons.

Les autres enfoncent leurs pointes i £t moi , Tœil fixe et les mains jointes , Je me dis : « Il le faut , allons ! »

Macadam , patron de la boue , Reçois cette chanson d'hiver D'un piéton crotté qui te voue  tous les diables de l'enfer !

Combien j'ai vu de pauvres dames

Relever leurs jupons bouffants ,

Et dresser leurs petits enfants

A ce métier d'hippopotames !

Puis , quand ils sont au beau milieu ,

Voici les équipages... gare!

Tout s'embourbe dans la bagarre...

Ils sont sauvés , merci , mon Dieu !

Macadam , patron de la boue , Reçois cette chanson d'hiver D'un piéton crotté qui te voue A tous les diables de l'enfer !

Oui , je le sais , vous êtes riches ,

Vous avez des chevaux de choix,

£t , sans y penser , je le crois ,

Vous éclaboussez les caniches.

Au moins, du haut de vos coussins,

Regardez en bas , je vous prie ;

Messieurs de la cavalerie,

Vous oubliez les fantassins.

Macadam , patron de la boue , Reçois cette' chanson d'hiver D'un piéton crotté qui te voue A tous les diables de Tenfer !

Si j'étais peintre ou statuaire,

Je représenterais Paris

S 'élevant seul sur les débris

Des vieilles cités de la terre.

Ses traits seraient nobles et beaux ,

Il aurait le geste suprême ;

Son front ceindrait le diadème ,

Et ses pieds auraient des sabots.

Macadam , patron de la boue , Reçois cette chanson d'hiver D'un piéton crotté qui te voue A tous les diables de l'enfer !

Eh quoi ! je parle de statue?

C'est la tienne qu'on dressera :

Je la vois, devant l'Opéra, De ton manteau jaune vêtue.

Les cochers et les décrotteurs Te devaient certes cette offrande , Et, sur le socle, je demande A graver ces couplets vengeurs.

Macadam , patron de la boue , Reçois cette chanson d'hiver D'un piéton crotté qui te voue A tous les diables de l'enfer !

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