‹ Chansons de Gustave NadaudChapitre 134 sur 249 · LE PAYS NATAL · texte numérisé non relu

LE PAYS NATAL

Allez trouver les peuples de Norvège ,

Les Irlandais au dur labeur, Les Esquimaux qu'ensevelit la neige ,

Les noirs brûlés par l'équateur :

Demandez-leur quel est le coin de terre

Le plus indulgent à ses fils , Le doux pays , le climat salutaire :

Ils vous diront : « C'est mon pays. »

Pays natal , on te retrouve Plus cher, après t'avoir quitte ; C'est comme une amitié qu'éprouve La distance ou l'adversité. Il faut revoir l'église austère Avec son clocher qui reluit , Et la maison de notre père Toute pleine encore de lui.

Elle a bien pu changer de maître ;

Ses murs ont été jetés bas :

Nous saurons toujours reconnaître

Le sol où s'essayaient nos pas ,

Et la promenade voisine

Où l'on jouait, enfant heureux,

Avec la petite cousine

Dont on croyait être amoureux.

Je pars , je cours dans la campagne ; Je veux aller en liberté

RetrouYer ma vieille compagne ,

La jeunesse qui m'a quitté.

Et je m'arrête et je regarde

Un sentier perdu dans les bois ,

Et la cabane du vieux garde ,

Grise aujourd'hui , blanche autrefois.

Là , les arbres de l'avenue Semblent agiter leurs grands bras Pour saluer la bienvenue D'un ami qu'ils n'attendaient pas.

Et je me dis que ce que j'aime , Femme ou chose , doit en retour Garder une part de moi-même , Pour reconnaître mon amour.

Et cependant l'étranger passe , Sans plaisir comme sans ennui ; Le vent eflacera la trace Que ses pieds laissent après lui.

Pourquoi ce charme qui m'enivre?

Pourquoi pleuré-je sans souffrir?

C'est là, c'est là qu'il faudrait vivre ; C'est là surtout qu'il faut mourir!

J'ai vu passer sur la terre de France

Des tribus sans gîte et sans pain , Qui s'en allaient demander l'existence

Aux hasards d'un climat lointain.

Fier Océan , pour eux calme ton onde ;

Soleil , adoucis-toi pour eux ; Mon Dieu , guidez les enfants du vieux monde

Fuyant le toit de leurs aïeux !

GUANSONSu Mi

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