LE PAYS NATAL
Allez trouver les peuples de Norvège ,
Les Irlandais au dur labeur, Les Esquimaux qu'ensevelit la neige ,
Les noirs brûlés par l'équateur :
Demandez-leur quel est le coin de terre
Le plus indulgent à ses fils , Le doux pays , le climat salutaire :
Ils vous diront : « C'est mon pays. »
Pays natal , on te retrouve Plus cher, après t'avoir quitte ; C'est comme une amitié qu'éprouve La distance ou l'adversité. Il faut revoir l'église austère Avec son clocher qui reluit , Et la maison de notre père Toute pleine encore de lui.
Elle a bien pu changer de maître ;
Ses murs ont été jetés bas :
Nous saurons toujours reconnaître
Le sol où s'essayaient nos pas ,
Et la promenade voisine
Où l'on jouait, enfant heureux,
Avec la petite cousine
Dont on croyait être amoureux.
Je pars , je cours dans la campagne ; Je veux aller en liberté
RetrouYer ma vieille compagne ,
La jeunesse qui m'a quitté.
Et je m'arrête et je regarde
Un sentier perdu dans les bois ,
Et la cabane du vieux garde ,
Grise aujourd'hui , blanche autrefois.
Là , les arbres de l'avenue Semblent agiter leurs grands bras Pour saluer la bienvenue D'un ami qu'ils n'attendaient pas.
Et je me dis que ce que j'aime , Femme ou chose , doit en retour Garder une part de moi-même , Pour reconnaître mon amour.
Et cependant l'étranger passe , Sans plaisir comme sans ennui ; Le vent eflacera la trace Que ses pieds laissent après lui.
Pourquoi ce charme qui m'enivre?
Pourquoi pleuré-je sans souffrir?
C'est là, c'est là qu'il faudrait vivre ; C'est là surtout qu'il faut mourir!
J'ai vu passer sur la terre de France
Des tribus sans gîte et sans pain , Qui s'en allaient demander l'existence
Aux hasards d'un climat lointain.
Fier Océan , pour eux calme ton onde ;
Soleil , adoucis-toi pour eux ; Mon Dieu , guidez les enfants du vieux monde
Fuyant le toit de leurs aïeux !
GUANSONSu Mi