‹ Chansons de Gustave NadaudChapitre 136 sur 249 · LE NID ABANDONNÉ · texte numérisé non relu

LE NID ABANDONNÉ

Dans un jardin du voisinage Deux merles avaient fait leur nid ; Trois œufs furent le témoignage Du doux serment qui les unit.

Je les ai vus sous ma fenêtre, De la pointe à là fin du jour, Couver, trois semaines peut-être , L'espoirtardif de leur amour.

Les petits ont vu la lumière ; J'entends leurs cris ; il faut nourrir Cette jeunesse printanière Qu'on craint toujours de voir mourir.

Que de soucis et que de joie !

On ne peut rester endormi :

Sans cesse il Saut guetter la proie ; Il faut éviter l'ennemi.

0 vertu , tendresse immuable , O soins constants, travaux passés.

Par quel amour insatiable Serez-vous donc récompensés ?

Ce matin , des cris de détresse Dans le jardin ont résonné :

Les merles voletaient sans cesse Autour du nid abandonné.

Sans doute , un épervier rapide , Une couleuvre aux yeux perçants, Ou des enfants , troupe perfide , Auront surpris les innocents?

Non, dès qu'ils ont senti leurs ailes, Les ingrats ont fui pour toujours, Avides d'amitiés nouvelles, Oublieux des vieilles amours.

Us vont étaler leur plumage , Voler et chanter dans le ciel , Sans entendre le cri de rage Qui sort du buisson paternel.

A quelles cruelles épreuves Seront soumis les fils ingrats !

L'affection, comme les fleuves, Descend et ne remonte pas.

Allez, enfants, douces chimères, Rêves menteurs qui nous charmez , Vous n'aimerez jamais vos.mères Autant qu'elles vous ont aimés.

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