‹ Chansons de Gustave NadaudChapitre 140 sur 249 · NUIT D'ÉTÉ · texte numérisé non relu

NUIT D'ÉTÉ

La chaleur du jour est calmée ; Viens goûter, ô ma bien -aimée,

La nocturne fraîcheur.

L'air plein de parfums nous enivre; C'est l'heure où Ton éprouve à vivre

Une extrême douceur.

Regarde : la hine arrondie S'élève comme un incendie

Au-dessus du coteau ; Elle effleure le gazon pâle.

Et donne des teintes d'opale

Aux murs du vieux château.

Quel silence ! allons sous la voûte De ces noirs marronniers... Écoute :

Ce bruit... n'entends-tu pas?

Non , c'est le grillon qui s'attarde , La blanche phalène... Regarde :

Ne vois-tu rien là-bas ?

Ne vois-tu pas des formes blanches

Glisser deux par deux sous les branches ,

En se tenant ainsi?

Inclinons-nous , ce sont les âmes Des seigneurs et des nobles dames

Qui s'aimèrent ici.

Oh ! qu'ils sont pâles , les ancêtres ! Un jour pourtant de nouveaux maîtres

Les auront à leur tour , Ces mystérieuses allées, Ce château , ces nuits étoilées ,

Et ces fièvres d'amour.

Ah ! si , pour un dessein semblable , Ils vont, à l'heure favorable,

Par le même chemin , S'ils se penchent au pied d'un arbre, Pareils à des groupes de marbre ,

Et la main dans la main,

Que , touchés de notre prière , Ils daignent jeter en arrière

Un regard attristé; Ils verront passer nos deux ombres , Blanches sous les marronniers sombres ,

Par une nuit d'été.

MON OXCLE GASPARD

Mon Dieu, quelle affaire!

Voyez- vous les coups du sort?

Rien n'est éternel sur terre :

Mon oncle Gaspard est mort !

Rangé, modeste, économe »

Il n'avait pas un défaut; Il est mort un peu trop tôt :

Il était si galant homme !

Bon parent, riche rentier, Sensible célibataire ,

Fort propriétaire...

Il m'a fait son héritier.

Mon Dieu , quelle affaire !

Voyez-vous les coups du sort?

Rien n'est éternel sur terre :

Mon oncle Gaspard est mort !

Pauvre ami , tu peux m'en croire , Je ne serai point ingrat; Je signerais un contrat Pour honorer ta mémoire.

Ton respectueux neveu Va faire à ta gouvernante

Cent écus de rente , Pour remplir ton dernier vœu.

Mon Dieu , quelle affaire !

Voyez-vous les coups du sort ?

Rien n'est éternel sur terre : ^

Mon oncle Gaspard est mort !

Je veux, en touchant mes termes, Te pleurer tous les trois mois ; Je veux pleurer chaque fois Qu'on me soldera mes fermes.

Ému de tant de bienfaits , J'aurai des douleurs intimes,

En palpant les primes Des Strasbourg que tu m'as faits.

Mon Dieu , quelle affaire !

Voyez-vous les coups du sort ?

Bien n'est éternel sur terre :

Mon oncle Gaspard est mort !

Toi que l'on croyait avare , Tu thésaurisais pour moi ; Tu ne sauras pas l'emploi Qu'à ton argent je prépare.

Par conscience , je veux N'en pas conserver un zeste,

Et léguer le reste  mes coquins de neveux.

Mon Dieu , quelle affaire !

Voyez-vous les coups du sort?

Rien n'est éternel sur terre ; Mon oncle Gaspard est mort !

C'est horrible 9 quand je pense Que, jusqu'au dernier moment, On pouvait impunément Le rendre à mon espérance.

C'en %5t fait : il a vécu ; Mais son image vivante

Me sera présente Jusqu'à mon dernier écu.

Mon Dieu , quelle afïaire !

Voyez-vous les coups du sort?

Rien n'est éternel sur terre :

Mon oncle Gaspard est mort !

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