‹ Chansons de Gustave NadaudChapitre 142 sur 249 · L'OUBLI · texte numérisé non relu

L'OUBLI

Assurez-vous, mon cœur, que, dans ce monde, Rien d'éternel ne saurait vous lier; Le plaisir vif et la douleur profonde > Sont emportés au cours de la même onde; Mon cœur, mon cœur, vous saurez oublier.

L'oublier, elle! Méconnaître La douce voix qui dit mon nom?

Je puis la maudire peut-être , La haïr, soit; l'oublier, non!

Je rougis autant que je souffre D'un amour qu'on ne guérit pas.

Je sens le mal , je vois le gouffre ! Où va ma tête? où vont mes pas?

O Lamartine , ô mon chaste poëte , Je veux rouvrir ton livre harmonieux.

Qu'il sorte enfin de sa longue retraite; Gomme autrefois, que mon âme s'arrête Sur le feuillet où s'arrêtent mes yeux.

Que vois-je? une fleur desséchée Tombe du livre entre mes doigts.

Quelle main peut l'avoir cachée?..

Ah! oui.... je me souviens.... je vois Un grand jardin, une terrasse, Une vierge pâle aux yeux bleus....

Son nom.... je le sais.... elle passe, Un ruban vert dans les cheveux....

Cet amour-là, c'est un amour d'enfance Éclos un jour au pied d'un vieux tilleul; Notre pudeur était notre défense ; Nous épelions , écoliers en vacance , Un mot nouveau qui s'apprenait tout seul.

Nous lisions le Lac un dimanche ; Elle s'appuya sur mon bras , Pour me cueillir cette pervenche , En disant : « Ne m'oubliez pas. »

Nous étions gais comme notre âge,

Et pourtant nous avons pleuré.

J'ai mis la fleur à cette page, En disant : « Je me souviendrai. »

Assiirez-vous, mon .cœur, que, dans ce monde. Rien d'éternel ne saurait vous lier; Le plaisir vif et la douleur profonde Sont emportés au cours de la même onde; Mon cœur, mon cœur, vous savez oublier.

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