‹ Chansons de Gustave NadaudChapitre 146 sur 249 · ELLE · texte numérisé non relu

ELLE

Mes amis, ce chant est pour elle;

Qu'il vole comme une étincelle ,

Au loin porté par vous !

Vous le lui chanterez peut-être ;

Mais vous ne pourrez la connaître ; N'en soyez pas jaloux.

Son nom , nul ne le sait au monde , Ni si sa tête est brune ou blonde ,

Ni ses yeux noirs ou bleus :

Qu'importe à vous comme à moi-même?

Ce n'est pas chez elle que j'aime

Des yeux ou des cheveux.

Ce n'est pas pour sa taille exquise Que mon culte la divinise,

Ni pour son doux maintien ; Ce n'est pas pour son cou d'albâtre , Mais pour son cœur^ qui ne sait battre

Qu'à l'unisson du mien.

C'est pour les larmes, ondes pures, Qu'elle verse sur mes blessures ,

Pour son rire embaume , Pour cette douceur égoïste, Que je lui dois et dont j'existe.

De me savoir aimé.

Car mon orgueil est d'un sauvage ; Je ne permets pas de partage

Où je me livre entier.

Si je venais à douter d'elle , Je saurais , esclave rebelle ,

La fuir et l'oublier.

Ma vie est soudée à la sienne; Il faut qu'intact elle maintienne

Le dépôt de ma foi.

Son souffle est Tair qui me fait vivre , Son àme , ouverte comme un livre ,

Son âme est toute en moi.

Or, mes amis, je le demande, Qu'importe à ma vanité grande

Sa mise ou sa beauté?

Que me fait la chair ou la toile Qui sert de prison à l'étoile

De ma divinité?

Qu'il soit de porphyre ou de pierre , C'est la ferveur de la prière

Qui consacre Fautel.

Et maintenant y qu'elle soit laide!

Je l'accorde , si je possède

Ce qu'elle a d'immortel.

Comme elle est, je l'aime et l'honora; Je l'aimerais plus laide encore

Eh bien, que direz-vous, Lorsque vous saurez qu'elle est belle Comme un marbre de Praxitèle ,

Belle à vous rendre fous?

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