UNE HISTOIRE DE VOLEUR
On aime à causer après boire ; Chacun racontait son histoire De revenants ou de voleurs.
Le mari d'une dame brune
Dit : Je vais vous en conter une Qu*on n'a pas entendue ailleurs.
J'étais de garde à la mairie; Servir sa dame et sa patrie , C'est le devoir d'un troubadour ; Mais Héloïse est si peureuse , Que j'eus l'idée aventureuse De déserter avant le jour.
Il était une heure et demie :
La chambrée était endormie ; Doucement je lève le pié ; Je traverse la ville grise , Tout ébaubi de la surprise Que j'allais faire à ma moitié.
J'arrive enfin devant mon louvre Que vois-je? ma fenêtre s'ouvre..
En mon absence que fait-on?
Un gaillard à mine incongrue Se laisse glisser dans la rue , Du haut de mon propre balcon.
Il ne faut pas grande finesse Pour deviner de quelle espèce Était ce nocturne rôdeur :
Sortir ainsi de notre chambre , Au milieu du mois de décembre. . , A coup sûr c'était un voleur.
Que faire en cette circonstance?
Pour y songer avec prudence ,
Je reste tapi dans mon coin ; Et lorsque , pale de colère , Je m*élance sur le corsaire , Le corsaire était déjà loin.
J'éveille en sursaut mon concierge; Je monte droit comme flamberge ; J'entre comme un coup de fusil.
Héloïse, sortant d'un somme, Me dit : « C'est toi, mon petit homme? Tu rentres tard ; quelle heure est-il? »
Chaque objet était à sa place ; Nul dérangement, nulle trace De voleur ni de loup garou.
Mon or était sur ma commode ; Ma montre , selon ma méthode , Était suspendue à son clou.
Je m'élance vers la fenêtre !
Vous vous imaginez peut-être Qu'elle était ouverte? Non! Mais....
Ici commence l'impossible :
Quelle était.la main invisible?...
C'est ce qu'on ne saura jamais.
Ce siècle est celui des miracles :
Nous assistons à des spectacles Où la raison ne conçoit rien.
Voilà mon histoire authentique; Qui pourra l'expliquer l'explique ; Moi , je donne ma langue au chien.