‹ Chansons de Gustave NadaudChapitre 147 sur 249 · UNE HISTOIRE DE VOLEUR · texte numérisé non relu

UNE HISTOIRE DE VOLEUR

On aime à causer après boire ; Chacun racontait son histoire De revenants ou de voleurs.

Le mari d'une dame brune

Dit : Je vais vous en conter une Qu*on n'a pas entendue ailleurs.

J'étais de garde à la mairie; Servir sa dame et sa patrie , C'est le devoir d'un troubadour ; Mais Héloïse est si peureuse , Que j'eus l'idée aventureuse De déserter avant le jour.

Il était une heure et demie :

La chambrée était endormie ; Doucement je lève le pié ; Je traverse la ville grise , Tout ébaubi de la surprise Que j'allais faire à ma moitié.

J'arrive enfin devant mon louvre Que vois-je? ma fenêtre s'ouvre..

En mon absence que fait-on?

Un gaillard à mine incongrue Se laisse glisser dans la rue , Du haut de mon propre balcon.

Il ne faut pas grande finesse Pour deviner de quelle espèce Était ce nocturne rôdeur :

Sortir ainsi de notre chambre , Au milieu du mois de décembre. . , A coup sûr c'était un voleur.

Que faire en cette circonstance?

Pour y songer avec prudence ,

Je reste tapi dans mon coin ; Et lorsque , pale de colère , Je m*élance sur le corsaire , Le corsaire était déjà loin.

J'éveille en sursaut mon concierge; Je monte droit comme flamberge ; J'entre comme un coup de fusil.

Héloïse, sortant d'un somme, Me dit : « C'est toi, mon petit homme? Tu rentres tard ; quelle heure est-il? »

Chaque objet était à sa place ; Nul dérangement, nulle trace De voleur ni de loup garou.

Mon or était sur ma commode ; Ma montre , selon ma méthode , Était suspendue à son clou.

Je m'élance vers la fenêtre !

Vous vous imaginez peut-être Qu'elle était ouverte? Non! Mais....

Ici commence l'impossible :

Quelle était.la main invisible?...

C'est ce qu'on ne saura jamais.

Ce siècle est celui des miracles :

Nous assistons à des spectacles Où la raison ne conçoit rien.

Voilà mon histoire authentique; Qui pourra l'expliquer l'explique ; Moi , je donne ma langue au chien.

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