LA MERE FRANÇOISE
« Où vas-tu , la mère Françoise, Avec ton grand voile croisé Et ton manteau couleur d'ardoise , Le long du chemin malaisé ?
La nuit pourrait bien te surprendre , Le ciel est noir.
— Là-bas, là-bas, je vais l'attendre, Il doit rentrer ce soir.
— Ah ! pardon , j'oubliais : la guerre , Ton fils Joseph... je Tai connu ;
Il était soldat. . . pauvre mère !
Il est... il n'est pas revenu.
Toi seule n'as pas pu comprendre Ton désespoir.
— Là-bas , là-bas , je vais l'attendre ; Il doit rentrer ce soir.
— Et tu l'attends encore? Écoute :
Ici-bas , on sait quand on part ; On se retrouvera sans doute,
Les uns plus tôt, d'autres... plus tard. Mais l'heure , nul ne peut prétendre A la savoir.
— Là-bas, là-bas, je vais l'attendre ; Il doit rentrer ce soir.
— Mère Françoise , aime ta fille ; Ton Joseph , il faut l'oublier ; Les garçons n'ont pas de famille ; Les filles gardent le foyer.
Elle, tu peux toujours l'entendre.
Toujours la voir.
— Là-bas , là-bas , je vais l'attendre ; Il doit rentrer ce soir.
— Écoute : j'ai cru reconnaître
La voix qui t'appelle là-bas.
:m GUSTAVE NADAUD.
Demain, il reviendra... peut-être; Elle t'attend, viens, prends mon bras.
Ensemble nous allons descendre Le long chemin.
— Demain, demain, j'irai l'attendre, Il reviendra demain. »
CONSOLATIOX.
Nous avons trop versé de larmes ;
Trop de plaisirs nous ont lassés ; Remettons-nous des anciennes alarmes , Consolons-nous de nos bonheurs passés.
Consolons-nous , ô mon amie , Des jours heiureux , des mauvais jours : Si nous avions l'âme moins affermie.
Nous douterions de nos longues amours.
Nous avons eu nos temps d'orage
Et nos soleils éblouissants ; Et maintenant, échappés du naufrage.
Eloignons-nous de ces flots menaçants.
Nous avions des gaités sans cause, Comme des chagrins sans raison , Qui nous faisaient rire de toute chose , Ou qui sur nous répandaient leur poison.
Voici le calme de l'automne Après les ardeurs de l'été ;
Sans amertume et sans lutte il nous donne Son abondance et sa tranquillité.
Vous fûtes mon plus grand délice ,
Et je n'ai souffert que par vous :
<}ue le printemps à l'automne s'unisse Dans un lointain mélancolique et doux.
Ainsi de tons riches et sombres
Le peintre charge ses pinceaux ; Et de l'hymen de l'éclat et des ombres Naît l'harmonie, âme de ses tableaux.
Je garderai de mon martyre,
Je garderai de mon bonheur, Vue tristesse au fond de mon sourire, Comme un sourire au fond de ma douleur.