LE VEXT QUI PLEURE
« Mon fils, mon fils, tu ne dors pas;
Repose-toi ; c'est l'heure.
— Mère, n'entends-tu rien là-bas?
— J'entends le vent qui pleure!
— Écoute : on dirait une voix ; Il dit : Je suis la froide haleine , Le soupir errant de la plaine , Le frisson humide des bois.
Quand j'étends mes ailes funèbres , La saison vermeille s'enfuit ;
Je pousse le jour vers la nuit Et les rayons vers les ténèbres.
Je flétris les fleurs de l'été ; J'emporte la feuille qui tombe; Et j'entraîne l'humanité Vers la tombe !
— Mon fils , mon fils , tu ne dors pas ; Repose-toi ; c'est l'heure.
— Mère, n'entends-tu rien là-bas?
— J'entends le vent qui pleure !
— Écoute : c'est le cri lointain , L'écho douloureux des orages ; Les flots avides de naufrages, Ce soir, réclament leur butin.
Entends-tu craquer le navire, Les cordages siffler dans l'air?
Le mât se courbe vers la mer.
Et la voilure se déchire !
Vois-tu les marins à genoux?
A Dieu recommandons leur âme :
Priez pour eux , priez pour nous , Notre-Dame !
— Mon fils, mon fils, tu ne dors pas, Repose-toi ; c'est l'heure.
— Mère, n'entends-tu rien là-bas?
— J'entends le vent qui pleure !
— Écoute : ce sont les accents Qui partent des âmes blessées ; C'est la plainte des délaissées.
C'est le désespoir des absents :
« Que t'ai-je fait , ô ma patrie , Pour perdre ma part de ton ciel?
Ton lait a la douceur du miel , Et ta poitrine s'est tarie !
Je suis l'orphelin irrité ; Je t'aimais d'un cœur idolâtre; Pourquoi m'as-tu déshérité, O marâtre J. »
— Mon fils , mon fils , tu ne dors pas ; Repose-toi ; c'est l'heure.
— Mère, n'entends-tu rien là-bas?
— J'entends le vent qui pleure ! »
FLORIMOND L'ENJOLEUR
C'est un enjôleur de filles Que ce monsieur Florimond ; Tous les parents vous diront Qu'il fait l'effroi des familles.
Pourtant il a l'air si doux , £t sa figure est si bonne.
Qu'il n 'effarouche personne Quand il passe près de vous.
CHANSOr^S. 351
Il VOUS dit avec mystère (C'est un vrai dëmon !) :
a Bonjour, Berthe ou Glaire.
— Bonjour, monsieur Florimond. »
H est toujours sur la piste.
Lorsque nous nous promenons.
Il sait par cœur tous les noms .
De grise tte ou de modiste.
Sur l'horloge du quartier
II faut qu'il règle sa montre ,
Car toujours on le rencontre
Au sortir de l'atelier.
Il passe... on sourit, on cause (C'est un vrai démon!) :
« C'est vous, Jeanne ou Rose?
C'est moi, monsieur Florimond. »
NiB croyez pas qu'il soit louche
S'il regarde de travers ;
Il vous parle à mots couverts
D'un seul côté de la bouche.
Il sait dire ce qu'il veut :
« Cher ange !' charmante fille !
Beau temps !» si le soleil brille ,
£t s'il pleut... eh bien, s*il pleut,
Il vous prête un parapluie
(C'est un vrai démon !) :
« Prenez, Amélie.
— Merci, monsieur Florimond. »
Dans les fêtes de village Toujours nous le rencontrons ;
Il nous ofFre des marrons £t des objets de ménage.
Mais s'il aperçoit là-bas Les yeux des parents sévères , Il fait apporter des verres Pour boire avec les papas ; £t tout bas il vous invite (C'est un vrai démon !) :
«Valsons, Marguerite.
— Valsons, monsieur Florimond. »
L'autre jour, il ma suivie Jusqu'au chemin de la croix.
Je n'ai jamais eu , je crois , Si grande peur de ma vie. Il parlait si bien , si bien , Il racontait des folies Si drôles et si jolies , Que je n'y comprenais rien.
Puis , prenant sa voix câline (C'est un vrai démon !), Il dit : « Joséphine ! . . .
— N^nni , monsieur Florimond ! »