‹ Chansons de Gustave NadaudChapitre 155 sur 249 · LE BONHOMME SÉRAPHIN · texte numérisé non relu

LE BONHOMME SÉRAPHIN

Dans ma ville de province , Étant enfant, j'ai connu Un vieillard petit et mince Dont le nom m'est revenu.

H s'habillait à la mode Des écoliers ; mais enfin , H était vieux comme Hérode , Le bonhomme Séraphin.

Et nous disions au collège Que ses cheveux fins et longs , Ayant traversé la neige , Étaient redevenus blonds.

Notre tête est une cage Faite pour un hôte ailé ; Elle a perdu son usage Quand l'oiseau s'est envolé..

Dans sa folie ingénue , Le pauvre vieillard disait Sa jeunesse revenue : Est-ce lui qui s'abusait?

Avec ses traits doux et blêmes Il inspirait la pitié :

Les petits enfants eux-mêmes L'avaient pris en amitié.

Tous les jours, quand la cohorte Des écoliers matineux Rasait le seuil de sa porte , Il prenait rang avec eux.

Puis y dans un coin de la classe.

Sans se distraire un moment, Toujours à la même place Il ouvrait son rudiment.

Puis enfin , quand les aiguilles Marquaient midi , grave et lent , Il allait jouer aux billes Ou guider un cerf-volant.

Ainsi , d'année en année , Il suivait le même cours, Et la classe terminée Pour lui commençait toujours.

Un matin , le vieil élève A son banc ne parut pas :

Il avait, comme en un rêve,

Passé de vie à trépas.

Et les enFants de la ville, Qui le croyaient endormi , Jusqu'à son dernier asile Conduisirent leur ami.

Si le ciel , en ma vieillesse ,

Devait briser la cloison

Qui tient captive l'hôtesse

Que j'appelle ma raison ,

Au moins, dans son inclémence ,

Qu'il adoucisse ma fin ,

En m'accordaiit la démence

Du bonhomme Séraphin ;

Et, parmi la bande folle,

Je veux qu'il mer soit permis

De retourner à l'école

Avec mes petits amis.

Page 1