LE BONHOMME SÉRAPHIN
Dans ma ville de province , Étant enfant, j'ai connu Un vieillard petit et mince Dont le nom m'est revenu.
H s'habillait à la mode Des écoliers ; mais enfin , H était vieux comme Hérode , Le bonhomme Séraphin.
Et nous disions au collège Que ses cheveux fins et longs , Ayant traversé la neige , Étaient redevenus blonds.
Notre tête est une cage Faite pour un hôte ailé ; Elle a perdu son usage Quand l'oiseau s'est envolé..
Dans sa folie ingénue , Le pauvre vieillard disait Sa jeunesse revenue : Est-ce lui qui s'abusait?
Avec ses traits doux et blêmes Il inspirait la pitié :
Les petits enfants eux-mêmes L'avaient pris en amitié.
Tous les jours, quand la cohorte Des écoliers matineux Rasait le seuil de sa porte , Il prenait rang avec eux.
Puis y dans un coin de la classe.
Sans se distraire un moment, Toujours à la même place Il ouvrait son rudiment.
Puis enfin , quand les aiguilles Marquaient midi , grave et lent , Il allait jouer aux billes Ou guider un cerf-volant.
Ainsi , d'année en année , Il suivait le même cours, Et la classe terminée Pour lui commençait toujours.
Un matin , le vieil élève A son banc ne parut pas :
Il avait, comme en un rêve,
Passé de vie à trépas.
Et les enFants de la ville, Qui le croyaient endormi , Jusqu'à son dernier asile Conduisirent leur ami.
Si le ciel , en ma vieillesse ,
Devait briser la cloison
Qui tient captive l'hôtesse
Que j'appelle ma raison ,
Au moins, dans son inclémence ,
Qu'il adoucisse ma fin ,
En m'accordaiit la démence
Du bonhomme Séraphin ;
Et, parmi la bande folle,
Je veux qu'il mer soit permis
De retourner à l'école
Avec mes petits amis.