‹ Chansons de Gustave NadaudChapitre 156 sur 249 · LE MARI DE MADAME VICTOIRE · texte numérisé non relu

LE MARI DE MADAME VICTOIRE

Quelle adorable créature

Que cette madame Mais non ;

Soyons discret, par aventure; Ne disons que son petit nom :

Victoire (la voilà connue) A le plus malin des maris, Qui dès long^temps l'a prévenue Contre les galants de Paris.

« Vois-tu , nous autres hommes, Voilà ce que nous sommes ,

Tous autant de menteurs.

J'espère bien , Victoire , Que tu ne vas pas croire Ce que te disent tes flatteurs.

« Rapporte-t'en à moi, mignonne, Et crains ces gens sans foi ni loi.

Je te connais mieux que personne. Et je les connais mieux que toi.

Ce sont des pécheurs en eau ti*ouble ; Ils tendent leur ligne au poisson , Et mettent une amorce double De compliments à l'hameçon.

tt Vois-tu, nous autres hommes, Voilà ce que nous sommes , Tous autant de menteurs.

J'espère bien , Victoire , Que tu ne vas pas croire Ce que te disent tes flatteurs.

« Je rends justice à ton mérite ; Mais si tu parais écouter Leur petit jargon hypocrite , Ils sont capables de vanter Ta douce voix , quand elle est aigre , Tes cheveux longs, quand tu les perds, Ton bras dodu , quand il est maigre , Et tes yeux bleus, quand ils sont verts.

«Vois-tu, nous autres hommes.

Voilà ce que nous sommes , Tous autant de menteurs.

J'espère bien , Victoire ,

:î«4 GUSTAVE NADAUD.

Que tu ne vas pas croire Ce que te disent tes flatteurs.

« Tu n'es pas plus sotte qu'une autre ,

Et tu les vois venir d'ici :

Le bien qu'ils veulent, c'est le nôtre.

Tu souris, tu comprends : merci.

Tu connais maintenant leurs fraudes ;

Tu sais que , femmes et maris ,

Ils font de tout des gorges chaudes.

Sitôt que le poisson est pris.

« Vois-tu , nous autres hommes, Voilà ce que nous sommes , Tous autant de menteurs.

J'espère bien, Victoire, Que tu ne vas pas croire Ce que te disent tes flatteurs. »

Tel est le nouveau thermomètre Qu'éprouve avec ou sans succès Un mari bien digne de l'être.

Qu'en adviendra-t-il? Je ne sais.

On attend , pour régler sa montre , Que l'heure ait sonné par ici.

Les uns sont pour, les autres contre.

Veut-on mon avis? Le voici :

C'est que, nous autres hommes, Voilà ce que nous sommes , Tous autant de menteurs ; £t madame Victoire N'a jamais paru croire Ni son mari, ni ses flatteurs.

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