‹ Chansons de Gustave NadaudChapitre 159 sur 249 · SIMPLE PROJET · texte numérisé non relu

SIMPLE PROJET

Écoute le simple projet

Qui m'est arrivé tout d'un jet,

Et qu'ici je consigne :

Nous faisons un voyage à pié , Tous deux, l'un à l'autre appuyé,

Gomme à l'ormeau la vigne.

Tu prends une robe lilas; A ton corsage tu mettras

Cette fleur que. je cueille.

Tu coiffes le ruban vert d'eau , Qui sied à ton double bandeau

Gomme à l'arbre la feuille.

Nous partons au premier matin ; Nous allons en pays lointain ,

A Saint-Gloud, je suppose; Moi , fier de ton chaste embarras , Et toi, suspendue à mon bras

Comme au rosier la rose.

Dans les champs nous nous élançons, Cherchant, moi la fleur des buissons,

Et toi la pâquerette.

Je me déchire aux églantiers , Et tu bondis par les sentiers

Comme au bois la chevrette.

Nous nous offrons un grand dinc Par ton esprit assaisonné

CHANSONS. :^iO

Et par ta chansonnette.

Tu diras celle qui me plait, Tu sais : « Au bois rossigpiol est.... ^

Comme au champ Talouette.

Nous voyons descendre au couchant Le soleil , lorsque s'approchant

La nuit tendra ses voiles.

Et nous suivons dans leur décours Nos jours passés , nos heureux jours ,

Comme au ciel les étoiles. .

Tu veux de ce projet charmant Savoir quel est le dénoûment?

Tu me la donnes belle!

Tout en est simple , et frais , et doux : Le soir, nous rentrerons chez nous .

Comme au nid riiirondellc.

ADIEUX A LX ASII.

Ainsi, tu pars, et je demeure Tout seul dans la maison qui pleure

Un maître absent ; Ton amitié Tavait peuplée, Et tu la laisses désolée ,

En me laissant!

Ainsi passera comme un rêve L'intimité longue et trop brève Qui nous unit.

370 GUSTxWE NADAUD.

Quand les oiseaux ont pris leurs ai les ^ Adieu les amours fraternelles , Adieu le nid !

Je contemple d'un œil avide La place qui va rester vide

A mon foyer; Nous étions faits pour vivre ensemble y. £t maintenant, vois-tu, je tremble

De t'oublier.

Oh ! non , tû ne pourrais le croire ; N'attristons pas notre mémoire,

Serrons nos fleurs; Rappelons-nous ce que nous sommes.

Et qu'il ne sied pas à des hommes

De fondre en pleurs.

Gardons une image sereine De ces jours révolus à peine,

Légers et doux ; Sachons achever notre ouvrage; Ayons ce suprême courage :

Souvenons-nous.

Écoute : il est minuit, j'arrive; Tu m'attends, l'oreille attentive.

Près des tisons ; Bientôt la lampe est ranimée.

J'ai pris ma place accoutumée.

Et nous causons.

0 gens de bourse et de finance , Gens plus sérieux qu'on ne pense , Juifs ou chrétiens ,

Que nous apprêterions à rire Si quelqu'un pouvait vous redire Nos entretiens !

Car notre ambition commune Ne fatijjue pas la fortune

Et ses hasards^ Nous buvons la vieille ambroisie Que nous versent la poésie

Et les beaux-arts !

G*est au commerce des {j^énies Que nos âmes se sont unies

D'un doux lien , Et que béni soit leur empire , Si l'amour du beau nous inspire

L'amour du bien !

Là, nous trouvons une patrie, Nous relevons , toute meurtrie ,

La vérité ; Nous soulevons un coin du voile Qui nous cache encore une étoile,

L'humanité !

Oh! n'abaissons pas nos pensées; Tenons-les fièrement dressées

Vers les hauts lieux !

Nous nous sommes fait la promesse De respecter notre jeunesse ,

Devenus vieux.

Mais , selon notre noble envie , Rendons conforme notre vie A nos discours.

:\7% GUSrAVE NADAUD.

Va maintenant où Dieu t'envoie i Nous avons la moisson de joie De nos vieux jours.

Vois, je ne répands plus de larmes; Ta vertu vient donner des armes

A ma douleur; Mon foyer ne sera pas vide , C'est là que ton âme réside;

Je n^ai plus peur.

C'est là que je te garde un temple; Sois mon conseil et mon exemple ,

Inspire-moi ; Et si tu rjeviens , je Tignore , Puisses-tu me trouver encore

Digne de toi !

O ma chambre silencieuse ,

Le bruit qui vous faisait joyeuse

S'est endormi..^.

Mais , écoutez , soyez discrète , Demain , nous célébrons la fête

De notre ami!

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