CAUSERIE D'OISEAUX
J'étais dans un vallon plein d'ombre
Qu'habitaient des oiseaux sans nombre
Revenus avec les beaux jours;
Ils couraient dans l'herbe émaillée ,
Ou voletaient dans la feuillée ,
Ou dans l'air traçaient leurs contours.
Et je leur dis dans ma paresse :
A Pourquoi vous agiter sans cesse , Pourquoi ne pas vous reposer? »
Sans doute ces mots les touchèrent , Car tour à tour ils s'approchèrent, Et nous nous mîmes à causer.
« Crois-tu, me dit une hirondelle, Que ce soit pour montrer mon aile Que je passe comme l'ëclair?
Je poursuis l'insecte rapide Qui va rasant le sol humide , Ou s'élève dans le ciel clair. »
— « Moi, dit un épervier, je chasse; Je suis l'oiseau de noble race ,
Le conquérant, le fils des rois.
Mes vassaux ou mes adversaires , A la puissance de mes serres , Ont bientôt reconnu mes droits. »
Des pigeons saccageant les seigles Disaient : « Nous faisons les espiègles Et nous fêtons le renouveau.
— Moi , » disait une pie avare , a J'amasse ; Targent est si rare !
— Moi , je pille , » dit un moineau.
Et la troupe, en franche lippée.
Tout le jour n'était occupée Que de ses grossiers appétits, Comme font les poissons dans l'onde , Gomme tous les êtres du monde , .Bêtes ou non , grands ou petits.
ce Mais toi qui restes sur ta branche , Beau chanteur, oiseau du dimanche , Pourquoi ne prends-tu pas ton vol?
Pourquoi chanter à perdre haleine Le demi-jour et la nuit pleine?
— Pour chanter, » dit le rossignol.