‹ Chansons de Gustave NadaudChapitre 164 sur 249 · SUPPOSITION · texte numérisé non relu

SUPPOSITION

Vous êtes triste , mon amie ;

Triste, pourquoi?

Le bonheur vous tient endormie ,

Écoutez-moi :

Vous êtes jeune, et je suppose

Que ving^ ans , c'est si peu de chose ,

Soient révolus :

Je suis ridé , ma tête est blanche ; Votre corps moins souple se penche;

Nous n'aimons plus.

Alors , un soir, un soir d'automne ,

Je vous revois , Nous sommes vieux, vous êtes bonne

Gomme autrefois.

Je prends votre main dans la mienne.

Et je vous dis : « Qu'il vous souvienne

Des jours passés ,

Quand jeunes et libres ensemble v

Ma voix s'éteint, votre main tremble;

Vous rougissez.

CHANSONS. a8t

Et pourtant ma phrase s'achève :

« Vous souvient-il Combien nos cœurs avaient de sève

En notre avril?

Combien nous étions l'un à l'autre , Et quel bonheur était le nôtre,

O mon trésor !

Lorsqu'une commune pensée Tenait notre vie enlacée

A son fil d'or? »

Alors, je veux. aussi le croire,

Votre œil pâli Retrouve une larme , en mémoire

D'un long oubli.

Et vous me dites : « Laissez laisse

Notre amour et notre jeunesse ;

Je m'en souviens.

Je veux plutôt les désapprendre Et ne pas remuer la cendre

Des temps anciens. »

Eh bien , j'ai commis un mensonge

Triste et pesant :

Ce passé revu dans un songe,

C'est le présent.

Ces heures, ces rapides heures Que je rappelle et que tu pleures ,

Nous les pressons ; Ces printemps que les hivers chassent , Ils ne sont pas passés , ils passent ,

Et nous passons !

;i82 GUSTAVE NADAUD.

Et tu resterais endormie

Auprès de moi ?

Vous êtes triste, mon amie,

Triste, pourquoi?

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