LA MAISON BLANCHE
Nous irons dimanche A la maison blanche.
Vieille chanson , pourquoi viens-fu toujours M'entretenir de ce fameux dimanche , Où nous verrons la maison blanche Qui doit héberger nos amours ?
Je n'en sais rien , et pourtant je te chante : C'est que le cœur est un clavier vivant; Un air joyeux y fait souvent Vibrer une corde touchante.
Comme, a travers le jour d'une cloison, On aperçoit un horizon immense , Ainsi je revois mon enfance Dans une ligne ou dans un son :
Nous irons dimanche A la maison blanche.
Blanche maison , est-ce un premier amour Que ton image évoque en ma pensée?
Oui , ma petite fiancée
Devait attendre mon retour.
J'avais treize ans quand elle en avait douze,
CHANSONS. 38ÎJ
Et nous allions devant nous, ignorant
La distance qui naît du rang
Ou de la fortune jalouse.
Je la quittai : ce fut sans désespoir ; On m'envoyait là-bas dans un collège ;
Adieu pour longtemps, lui disais-je;
Elle répondit : Au revoir :
Nous irons dimanche A la maison blanche.
Pourtant un jour, jour gai, jour de printemps, La ville était dans Téglise assemblée ,
Et les cloches de leur volée
Frappaient les échos éclatants.
Elle apparut ; sa marche était aisée ; Je la voyais de loin, j'étais tremblant;
Elle portait le voile blanc ;
On disait : La belle épousée !
L'orgue chantait avec ses mille voix , Et moi , caché sous les arceaux gothiques ,
Je croyais parmi les cantiques
Entendre le chant d'autrefois :
Nous irons dimanche A la maison blanche.
Tin autre jour, jour de deuil, jour d'hiver, Le glas des morts s'épandait sur la ville ;
Gomme une discorde civile ,
D'un long sanglot il frappait l'air.
Je pénétrai dans la même chapelle :
Elle était là ; mais je ne pus la voir ;
Cette fois, son voile était noir.
:î84 GUSTAVE KADAUD.
On disait : Si jeune et si belle !
L'orgue pleurait; des gémissements sourds Allaient mourir sous la voûte drapée , Et la lugubre mélopée Me répétait toujours, toujours :
Nous irons dimanche A la maison blanche.
Et, depuis lors, je la revois souvent;
Le temps, dont rien ne ralentit la course, Remonte pour nous vers sa source ; Elle vit, et je suis enfant.
Elle est encor ma jeune fiancée ;
Elle s'enfuit dès que revient le jour; Mais chaque nuit, à son retour.
Reprend l'histoire commencée.
Ses yeux sont d'or et sa voix est de miel ;
Sa lèvre a pris l'angélique sourire , Et je crois l'entendre me dire.
En levant un doigt vers le ciel :
Nous irons dimanche A la maison blanche.
PLDICA.
Nous avons fait le tour de nos corbeilles Qu'habitent des monceaux de fleurs ;
Nous admirions leurs nuances vermeilles Et leurs pénétrantes senteurs ;
Et je cherchais la fleur que j'ai rêvée.
a La voici , » disiez-vous ; mais non ; Dans nos jardins je ne Tai pas trouvée : Pudica serait son doux nom.
On la verrait au sommet des montagnes y
Au bord des ruisseaux écartés ; Elle naîtrait à Tair pur des campagnes
Gomme à la brume des cités.
Elle ornerait le palais y la chaumière ,
De son incarnat radieux ; Et son parfum serait une prière
Qui monte de la terre aux cieux.
Ne cherchez pas dans les jardins d*Âsie
La fleur que Dieu cache ici-bas :
Il lui faudrait une terre choisie
Que le soleil n'atteignît pas.
Car Pudica , c'est une jeune fille
Qui croît sous la garde du ciel , Dans le terrain fécond de la famille ,
A l'ombre du toit maternel.