‹ Chansons de Gustave NadaudChapitre 170 sur 249 · LE RUISSEAU · texte numérisé non relu

LE RUISSEAU

Que dis-tu, ruisseau transparent,

En courant Sur ton lit de sable et de pierre?

Est-ce un chant, est-ce une prière Que tes eaux s'en vont murmurant?

Tantôt ta voix semble , plaintive , Le bruit du vent dans les roseaux ; Tantôt, avec des cris d'oiseaux.

En jouant tu baises la rive.

Quand bien loin vers d'autres climats

Tu t'en vas.

Vas-tu recueillir sur la route

Les larmes que goutte par goutte L*hoinme doit .verser ici-bas ?

Es-tu la sueur de la terre Qu'agite un labeur incessant?

Viens-tu nous montrer en passant Que la fatigue est salutaire?

Le ruisseau répond : J*ai ma loi ;

Gomme moi Tu cherches en vain ton mvstère ; Je ne sors du sein de la terre Que pour y rentrer comme toi.

Je nais aux régions lointaines Que parfume l'air des hauts lieux ; Ma source est voisine des cieux ; Mon poids me pousse vers les plaines.

Parmi les cailloux arrondis,

Je bondis, Rapide comme l'avalanche , Aussi pur que la robe blanche Attachée aux monts engourdis.

Bientôt, par des pentes fleuries Je parviens aux premiers hameaux ; Guidé par d'habiles canaux , Je vais arroser les prairies.

Je descends grossi par les eaux

Des coteaux ; Un moulin m'oppose sa roue ;

:\m GUSTAVE NADAUD.

D'un obstacle aisé je me joue, Et je cours à d'autres travaux.

Plus loin , des forêts abattues J'emporte les débris craquants, Gomme la lave des volcans Charriant les blocs des statues.

Je berce en mon calme bassin

Un essaim De barques aux rames nacrées ; Des bateaux chargés de denrées Lentement sillonnent mon sein.

Je baigne les villes altières, Et l'eau virginale des monts Entraîne vos impurs limons :

Les ruisseaux deviennent rivières.

Toute source en mon lit profond

Se confond ; A mon onde un peuple s'abreuve ; Je suis roi des eaux : je suis fleuve , Et j'aspire au gouffre sans fond.

Déjà ma vieillesse commence ;

Je ne suis né que pour mourir.

On ne se lasse de courir

Qu'en tombant dans la hier immense

Que dis-tu, ruisseau transparent,

En courant Sur ton lit de sable et de pierre?

Est-ce un chant, est-ce une prière Que tes eaux s'en vont murmurant?

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