UNE EXPIATION
Saint, Arthur, cocher plein d'élégance, Bel écuyer, joueur et Ubertin , Riche d'état, prodigue de naissance;
Il n'est pas midi, que je pense :
Où vas-tu de si grand matin ?
La vie humaine est longue et monotone, Grave d'ennuis et pleine d'embarras.
Tu veux, dis-tu, la mener courte et bonne?
Jouis avant que l'heure sonne
Non , tu dois vivre , tu vivras !
Va, mon fils; dépense, dépense.
Tu subis une dure loi :
Dépense, dépense, dépense.
La Providence A ses desseins sur toi.
Il faut qu'il ait une origine impure ,
€e lourd métal qui glisse entre tes doigts.
Qu'il ait le sceau du vol et de l'usure ,
Qu'il soit chargé d'une souillure
Dont tu ne peux porter le poids.
Dieu doit garder des peines exemplaires Aux criminels riches et triomphants.
Ton héritage est gros de ses colères :
Il faut que le crime des pères
Soit expié par les enfants.
Va, mon fils; dépense, dépense, Tu subis une dure loi :
Dépense, dépense, dépense.
La Providence A ses desseins sur toi.
Sens-tu partout crouler ton édifice ?
L'usurier court à la maison en feu; Sa part est là, ton luxe en fait justice;
Le revenu de l'avarice
Sera dévoré par le jeu.
Tu veux en vain t'arréter sur la pente ; Tu marcheras sans repos , sans retour, Et le plaisir fuira ta lèvre ardente ;
L'amitié te sera pesante;
Tu ne connaîtras pas l'amour.
Va, mon fils; dépense, dépense.
Tu subis une dure loi :
Dépense, dépense, dépense.
La Providence A ses desseins sur toi.
Où donc serait la vengeance céleste , Si tu pouvais , brisant un pacte ancien , Mettre h l'abri l'épargne qui te reste ,
Pour vivre paisible et modeste
Et finir en homme de bien ?
Non ! c'est ton or qui fera ton supplice : Qu'il soit le flot par l'orage battu ; Que tout courant lui creuse un précipice ;
Qu'il tombe dans l'égout du vice
Pour remonter à la vertu !
Va, mon fils; dépense, dépense.
Tu subis une dure loi :
Dépense, dépense, dépense.
La Providence A ses desseins sur toi.
Et maintenant, que vingt ans, je suppose,
Soient écoulés, te voilà seul, transi.
Sur un grabat , vieillard pauvre et morose ;
Écoute : par ta porte close
Un cbant de joie arrive ici.
Un artisan et sa jeune épousée Ouvrent le bal ; tit les connais tous deux. Dans ton déluge ils trouvent leur rosée ;
Toute colère est apaisée :
Tu peux mourir, ils sont heureux.
Va, mon fils; dépense, dépense.
Tu subis une dure loi :
Dépense, dépense, dépense.
La Providence A ses desseins sur toi.
QUINZE AVKIL.
Je demande à mon amie
Par quelle erreur Elle a pris l'économie
En sainte horreur; Pourquoi , n'ayant pas les vices
Des filles d'or, Elle en a tous les caprices
Et plus encor?
' Elle rëpond haut et ferme
Dans son babil :
«t Je suis née un jour de terme ,
Le quinze avril. »
C'est en effet la journée
Où dans nos doi{]^ Glisse la somme épargnée
Durant trois mois ; C'est l'époque où tout programme
Se fait nouveau, Où le serpent et la femme
Changent de peau , Où la laine se renferme
Pour le coutil :
Elle est née un jour de terme ,
Le quinze avril.
Il faut bien qu'elle produise
Trois mois avant Tout ce qui sera de mise
L'été suivant.
Puis la floraison des roses
Viendra bientôt ; Elles ne sont pas écloses
Qu'il les lui faut.
C'est l'heure où la vigne germe,
Non sans péril :
Elle est née un jour de terme.
Le quinze avril.
CM AN SON s. Wi
Elle me traite d'avare
Si je prétends Que le chasselas est rare
Dans le printemps.
Parfois enfin je me fâche ,
Puis , tout confus , Je transige comme un lâche ,
Car un refus, C'est la poudre qu'on enferme
Dans le baril :
Elle est née un jour de terme , ' Le quinze avril.
Elle a des fêtes sans nombre
Qu'elle connaît.
Pas un saint ne reste à l'ombre
Dans son carnet.
C'est la sainte Mousseline,
Le saint Bijou, La déesse Crinohne,
Le dieu Joujou ; Et moi je suis le dieu Terme
Mis sur le gril :
Elle est née un jour de terme ,
Le quinze avril.
Je me plume et me dédore ;
Mais, entre nous, Elle m'aime et je l'adore :
Que voulez-vous?
Une femme qu'on possède
Chez soi , pour soi ,
Et qui n'est vraiment pas laide
Dans son emploi , Gela flatte l'épiderme ;
C'est si gentil !
Elle est née un jour de terme ,
Le quinze avril.