‹ Chansons de Gustave NadaudChapitre 172 sur 249 · ELOGE DE LA VIK · texte numérisé non relu

ELOGE DE LA VIK

Je vois , je respire , je sens , J'écoute, je marche, je pense.

Mon âme vers le ciel s'élance , Et des membres obéissants Secondent mon intelligence.

Je vis, j'en rends grâce au destin.

Que d'autres méprisent la vie !

Ma soif ne s'est pas assouvie , Et je veux ma part du festin Où le Créateur me convie.

Je contemple, heureux spectateur,

Cette fête de la nature,'

Et de ma chétive stature

Je cherche à comprendre l'Auteur

De cette immense architecture.

Pour semer sur nous ses trésors Ses mains libérales s'abaissent ; Notre âme et nos yeux s'en repaissent, Et des besoins de notre corps Il fait des plaisirs qui renaissent.

Il a varié les saisons A l'exemple de nos caprices; Nous rêvons mers et précipices , Et vers nos étroites maisons Nous retournons avec délices.

Le charme au but vient s'allier :

Les fruits germent des fleurs sans nombre ,

Et dans la foret pleine d'ombre

Pousse le bois de mon foyer

Pour le retour de l'hiver sombre.

Je goûte la paix du sommeil , L'abandon d'une causerie, Et les beaux-arts et l'industrie, ' Et ta splendeur, ô mon soleil !

Et ton haleine , ô ma patrie !

J'ai des parents, j'ai des amis; J'aspire à toutes les tendresses, Et si l'amour, de ses largesses, Ne tient pas ce qu'il a promis , Je suis heureux de mes faiblesses.

L'instant vole et s'évanouit; Mais je le fixe en ma pensée , Et son image retracée Rend un charme au plaisir qui fuit Et même à la douleur passée.

De chaque fruit, fût-il amer.

On exprime une molle essence ,

Et je la recueille d'avance,

Pour plus tard embaumer mon air

Des parfums de la souvenance.

Seigneur, vous êtes généreux ; Je vous bénis et vous implore De mon couchant à mon aurore :

Heureux , et même malheureux , Mon Dieu , faites-moi vivre encore !

C'est le cri de l'humanité, Cri de salut ou de détresse :

Aimer dans sa verte jeunesse , Penser dans sa maturité , Se faire aimer dans sa vieillesse.

Et quand le souffle aérien

Fuira notre dépouille blême ,

Se survivre encore à soi-même

Dans l'estime des gens de bien

Et dans le cœur de ceux qu'on aime,

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