LES BOSSES DE GROS-JEAN
Gros-Jean est venu sur son âne , Ce matin , me montrer son crâne :
— J'ai là , dit-il , de tous côtés , Des bosses ; vous qui savez lire , Tâtez-les et me racontez
Ce que cela veut dire.
— Quoi ! Gros-^Tean , vous aussi , Vous avez donc plus d'un souci ?
Entre les mains je prends su tête, Et du premier coup je m'arrête :
— Gros- Jean , voici la vanité :
Cette bosse; palpez vous-même.
— Oui , monsieur, c'est la vérité , Je m'admire et je m'aime.
— Quoi ! Grossi ean , vous aussi , Vous avez donc plus d'un souci ?
Voici l'amour de la fortune :
Cette bosse est assez commune ;
Mais pour vous, paysans sensés, C'est le vin, la viande et la miche.
— Non pas ; on n'a jamais assez Tant qu'un autre est plus riche.
— Quoi ! GrosJean , vous aussi , Vous avez donc plus d'un souci?
Tenez , en voici bien d'une autre :
L'ambition!... Quelle est la vôtre? D'avoir le foin dans vos greniers Et la paix dans votre ménage ?
— Mais non : je serais volontiers Maire de mon village.
— Quoi ! Gros-Jean , vous aussi , Vous avez donc plus d'un souci ?
Voici le jeu, l'amour... la gloire!
Oh ! maintenant je puis tout croire !
On n'en saurait jamais finir, Si l'on voulait compter la somme De soucis que peut contenir La cervelle d'un homme !
— Quoi ! Gros-Jean , vous aussi , Vous avez donc plus d'un souci?