‹ Chansons de Gustave NadaudChapitre 18 sur 249 · AUJOURD HUI ET DEMAIN · texte numérisé non relu

AUJOURD HUI ET DEMAIN

Mes amis , le bonheur est un rêve ;

De plaisirs entourons ses autels ;

Le temps fuit et le banquet s'achève ,

Les flacons ne sont pas immortels.

Mais, du moins, dans leurs gouttes dernières

Savourons de renaissants désirs ;

A demain les humaines misères ,

Aujourd'hui les rapides plaisirs !

Mes amis , nous avons la jeunesse , Nous avons la force et la santé ; Nous avons les songes de l'ivresse, Et les sens, et la virilité.

Que longtemps notre gaité recule Le moment où ces biens vont finir;

 demain la raison incrédule , Aujourd'hui la foi dans Tavenir !

A nous seuls les bruyantes parties , Le franc rire et les refrains joyeux ; A nous seuls les chaudes sympathies ; A nous seuls les amis g^énéreux.

Doux liens , où le cœur seul nous guide , Devez- vous être un jour oubliés?...

A demain l'égoïsme sordide , Aujourd'hui les saintes amitiés !

Assez tôt viendront d'autres tendresses , Qui , dit-on , doivent durer toujours ; Nous avons les changeantes maîtresses , Et les nuits plus belles que les jours ! Nous avons les tailles adorables , Les yeux noirs et les seins argentés ; A demain les amours raisonnables , Aujourd'hui les folles voluptés !

Mes amis ! le vin fiiit les bouteilles ; La clarté va manquer aux flambeaux, Et les fleurs meurent dans leurs corbeilles, Et nos chants expirent moins égaux.

O destin , accorde-nous encore Un seul jour radieux et vermeil....

Mes amis, voici poindre Taurore :

Saluons notre dernier soleil !

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