MA CLÉ
Tu n'as pas brillante mine , Tu n'es d'or ni de platine , Mais de vilain fer raclé.
Pourtant tu sais si je t'aime ; Je te dois tout un poème, O ma clé !
Des fâcheux de toute sorte Toi seule défends ma porte , Me voilà clos et cerclé.
Mais que l'amitié t'appelle , Tu l'introduis sans chandelle , O ma clé !
A ton vieux clou suspendue , ' Tu pares la loge indue D'un portier fort mal meublé ; Et tous ceux qui savent lire Savent ce que tu veux dire , O ma clé !
Si parfois, en mon absence, Quelques amis en bombance Viennent lever le scellé , Remplace-moi ; qui perd gagne ; Livre-leur tout mon Champagne. .
O ma clé !
Et tu protèges encore Les mystères de l'aurore, Lorsque mon lit est doublé ; En rougissant, une vierge Te demande à ma concierge.
O ma clé !
Ouvre-lui mon nécessaire, Ma caisse et mon secrétaire Où gît un drame bâclé ; Adèle est honnête et tendre , Et puis, je n'ai rien à prendre....
O ma clé !
Il est tard , chère Julie, Ouvre-moi, je t'en suppUe, Ta porte et ton lit renflé ;
J'ai perdu, ma toute belle
— Quoi?. s. Ta bourse?... me dit-elle.
— Non. ma clé !
Pour moi qui n'ai pas de garde, De suisse avec hallebarde , Ni de valet bien bouclé , Qui me remplace ces braves , Et qui siffla les Burgraves?...
C'est ma clé !
CHANSOINS.