CONSEIL A MARIE
Vous avez confiance en moi , Dites-vous? C'est très-bien, Marie; J'y mettrai de la bonne foi.
De quoi s'agit-il, je vou» prie?
Je vois deux chapeaux étalés Devant vous , l'un bJeu , l'autre rose Il faut choisir, et vous voulez Que je sois juge en votre cause ?
C'était bien la peine, vraiment.
D'interpeller un philosophe Pour connaître son sentiment D'une couleur ou d'une étoffe !
Le bleu , cela parait certain , Convient aux blondes , et le rose Sert la blancheur de votre teint.
Mais si nous parlions d'autre chose?
Vous n'avez pas ces yeux profonds Et cette tête intelligente Pour amuser à des chiffons L'activité qui vous tourmente.
N'est-ce pas un peu le devoir D'une femme économe et sage De s'appliquer et de pourvoir Aux menus I)osoins du ménage?
Travaux vulgaires, direz-vous? • Mais votre grâce les amende ; Quand le commandement est doux , On bénit la main qui commande.
Puis vous avez le sentiment
Des beaux-arts et des belles-lettres :
Soyez éprise follement
Des bons auteurs et des grands maîtres,
Vous reste-t-il quelques loisirs?
Tant mieux : vous serez obligée D'avoir pour vos menus plaisirs Une petite protégée.
L'exercice du bien n'est pas Si dispendieux qu'on le pense , Et dans les miettes d'un repas On peut trouver une existence.
Songez-vous que la charité
Est un besoin des nobles âmes?
Elle est femme, çt sa chasteté
!N 'accepte que des mains de femmes.
Songez-vous que... Mais votre esprit Est ailleurs tandis que je cause.
Admettez que je n'ai rien dit, Et choisissez le chapeau rose.
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