LES PECHES DE VIGXE
Sur la lisière de la vig^ne S'élève un modeste arbrisseau.
Un pécher qui coupe la ligne Des ceps étages au cordeau.
Il semble être là par mégarde; On ne recueille pas ses fruits.
Je m'interroge , et je regarde Ce qu'il est et ce que je suis.
Le printemps fait monter la sève Le long des rameaux conducteurs.
Avril parait y le bourgeon crève; L'arbre a donné toutes ses fleurs.
Puis sa feuille taiUée en flèche Mesure l'ombre aux plants voisins.
Au vent du sud elle se sèche Pour laisser mûrir les raisins.
Vient le mois d'août , le mois suprême Qui convertit la sève en miel.
Le fruit mûr tombe de lui-même Au pied de l'arbre paternel.
Les enfants y engeance maligne , Par les chemins vont maraudant , Et mordent aux pêches de vigne Dont le sang jaillit sous la dent.
Ainsi végète, axmi bourgeonne' L'arbuste où florit ma chanson ; Il ne porte ombrage à personne ; Ses fruits tombent dans leur saison .
Le premier venu les ramasse Et se désaltère un instant :
Le bon Dieu m'a fait cette grâce , Et je le bénis en chantant.
L'ETAMIXE.
Sur la fleur qui se pluît au champ En son vol s'arrête l'abeille.
Une étamine, en se penchant.
Lui dit ce chant Que le cœur murmure à Toreille :
Prends mes parfums et bois mes pleurs , Heureux insecte qui voltiges.
Mais n'as-tu pas pitié des fleurs,
Tes pauvres sœurs, Que le sort attache k leurs tiges?
Ecoute-moi : si plus d'un jour Mes saveurs firent ton délice , Si jamais tu connus l'amour,
Sois à ton tour Ma confidente et ma complice.
Une secrète afiinité Pousse l'amoureuse étamine
Vers le pistil déshérité
Dont la beauté Par delà les monts se devine.
Vingt fois j*ai pris pour messager Le vent.... Le vent est infidèle; Il n'a jamais su diriger
Le corps léger Que je confiais à son aile.
Et le pollen ne rencontrait A la fin de sa course errante Que l'épi , l'herbe ou la foret ,
Ou s'égarait Sur quelque fleur indifférente.
Ma poussière se dispersait :
Emportes-en quelques parcelles Dans le velours de ton corset,
Et pars.... Qui sait?...
Abeille, que n'ai-je tes ailes!
Sur chaque fleur va te poser, Et si le sein de la plus belle àS'entr'ouvre comme pour puiser
Notre baiser, Abeille , arréte-toi : c'est elle !
Je sens ce qu'elle a dû souffrir A ma peine, qui fut amère.
Adieu. Puisses-tu la {guérir!
Je vais mourir :
Qu'elle vive et qu'elle soit mère !