‹ Chansons de Gustave NadaudChapitre 184 sur 249 · L'AIGUILLEUR · texte numérisé non relu

L'AIGUILLEUR

Celui qui compte les années

Des frêles humains , Celui qui tient nos destinées

Entre ses deux-mains, Ce n'est plus Minos ni la Parque , Ce n'est plus le fier potentat, Le médecin ni le soldat :

Un autre dieu conduit la barque :

Aiguilleur, garde à toi !

Aiguilleur, en place!

Voici le convoi (Garde à toi!) qui passe.

L'aiguilleur est Tintelligence

Du siècle nouveau ; Il commande à la force immense

Du fer et de l'eau.

Gardien sévère de la ligne , Il faut qu'il reste , en son emploi , Infaillible comme la loi Kt grave comme une consigne.

Ne ris pas , garde à toi , Aiguilleur, en place!

Voici le convoi ,

(Ne ris pas !) qui passe.

Voyez-le quand le train accoste Et quand il s'enfuit,

Exact à riieure et fixe au poste,

Le'joiir ou la nuit.

Pour lui le Sommeil est un crime ; Vn seul retard, un seul oubli,

Un seul et tout est accompli :

Vn train va sombrer dans Tabime.

Ne dors pas , garde à toi , Aiguilleur, en place!

Voici le convoi (Ne dors pas!) qui passo.

Si parfois de ses camarades

Le joyeux essaim Va par d'abondantes rasades

Fêter quelque saint, Lui seul de ces poisons infâmes Sait le danger, qu'il s'interdit.

Il ne boit pas, car il s'est dit Que l'aiguilleur a charge d'àmes.

Ne bois pas , garde à toi , Aiguilleur, en place !

Voici le convoi (Ne bois pas!) qui passe.

Voyageurs qui courez la France,

Aller et retour.

Saluez cette Providence

A trois francs par jour, Qui tient le fil de vos chimères, De vos espoirs, de vos tourments, Les larmes de tous les amants Et le cœur de toutes les mères.

Aiguilleur, garde à toi , Aiguilleur, en place!

Voici le convoi (Garde à toi !) qui passe.

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