‹ Chansons de Gustave NadaudChapitre 183 sur 249 · LA RETRAITE · texte numérisé non relu

LA RETRAITE

Elle m'a dit : « Fuyez la ville, Cherchez le repos et Toublî ; Vous avez là-bas un asile Où , comme l'étang immobile , La vie est sans cours et sans pli. »

Et j'en ai cru mon doux prophète; Je suis parti , je suis venu Me retremper dans la retraite , Et le jardin me faisait fête Gomme s'il m'avait reconnu.

J'ai retrouve ma vie ancienne , Les matins plus longs que les soirs, Et la langue qui fut la mienne :

Il faut bien que je m'en souvienne Auprès de l'aire et des pressoirs.

C'est le rossignol qui m'éveille; Je cours éveiller le grillon.

Tout me consulte ou me conseille :

Travaille , me dit une abeille ; Ne fais rien , dit un papillon .

J'écoute parfois la première, J'imite souvent le second , Et je m'en vais par la clairière Faire ma halte buissonnière , Gomme un écolier vagabond.

Parfums choisis , grâce bénigne , La nature a tout rassemblé , La fleur des prés qui se résigne , La fleur suave de la vigne Et la fleur modeste du blé;

La rose qui dit la louange Du rosier, roi de la saison , Et le lis blanc, au cœur orange, Qui prophétise la vendange Trois mois après sa floraison.

Puis à mes rêves je m'attelle ; Ils vont devant et j'obéis.

Je réfléchis, je me rappelle :

Dieu! si j'allais rencontrer celle Qui m'exile dans mon pays !

Eh bien , je le dis , je le jure , Non, le calme n'est pas ici!

L'amour m'a laissé sa morsure^ Gomme le fer dans la blessure , J'emporte après moi mon souci.

Lis orgueilleux, roses vermeilles, Soyez sans grâce et sans parfums ; Raisins , descendez de vus treilles ; Rentrez dans vos ruches , abeilles ; Taisez-vous, oiseaux importuns!

Que tombe la neige annuelle, Que se dépouillent les bois verts , Et j'aurai ma saison nouvelle :

Il n'est pas de printemps loin d'elle; Auprès d'elle il n'est pas d'hivers !

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