‹ Chansons de Gustave NadaudChapitre 196 sur 249 · LES CHAUSSETTES · texte numérisé non relu

LES CHAUSSETTES

Ce matin même, en m'habillant.

Dans mon armoire de bois blanc J'ai voulu prendre des chaussettes.

Fi ! que mon linge est mal tenu !

Voyez cet orteil demi-nu Qui passe eiitre deux aiguillettes !

Chaussettes , je vous reconnais.

Certain soir, je me promenais Dans un bois que je me rappelle.

Un colporteur, à pas de loups.

Vint à passer auprès de nous , De nous... car j'étais avec elle.

Le colporteur était subtil ;

« Çà, mes amoureux , nous dit-il,

Me ferez-vous pas vos emplettes? »

Nous répondîmes : « Pourquoi pas? »

Pour elle j'achetai des bas ;

Elle prit pour moi des chaussettes.

Gomme elle était joUe alors !

Un parfum sortait de son corps ; Et quelle taille était la sienne !

Plus d'un passant, sur le chemin, Disait, après mûr examen :

« Voyez la belle ItaUenne ! »

— Italienne? Vous riez :

Voyez ces mains , voyez ces pieds !

D'où cela vient-il, je vous prie?

Pour moi , si l'on veut le savoir.

Mon ciel est là dans son œil noir, Et ses deux bras sont ma patrie. »

Que je l'aimais ! que je l'aimais !

Son esprit avait des sommets Où son cœur seul pouvait atteindre.

Sa beauté, comme le soleil.

M'inondait d'un rayon vermeil :

Tous nos amis voulaient nous peindre.

Que de courses à travers champs !

Quel amour des soleils couchants , Quelle fureur de paysages !

Nous partions bras dessus dessous Et nous allions droit devant nous ; Nous étions fous... nous étions sages !

Hélas ! que suis-je maintenant , Lorsque je pleure en revenant âSur des aventures passées?

Nos sempiternelles amours Ont fait ce qu'elles font toujours...

Et mes chaussettes sont percées.

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