LES CHAUSSETTES
Ce matin même, en m'habillant.
Dans mon armoire de bois blanc J'ai voulu prendre des chaussettes.
Fi ! que mon linge est mal tenu !
Voyez cet orteil demi-nu Qui passe eiitre deux aiguillettes !
Chaussettes , je vous reconnais.
Certain soir, je me promenais Dans un bois que je me rappelle.
Un colporteur, à pas de loups.
Vint à passer auprès de nous , De nous... car j'étais avec elle.
Le colporteur était subtil ;
« Çà, mes amoureux , nous dit-il,
Me ferez-vous pas vos emplettes? »
Nous répondîmes : « Pourquoi pas? »
Pour elle j'achetai des bas ;
Elle prit pour moi des chaussettes.
Gomme elle était joUe alors !
Un parfum sortait de son corps ; Et quelle taille était la sienne !
Plus d'un passant, sur le chemin, Disait, après mûr examen :
« Voyez la belle ItaUenne ! »
— Italienne? Vous riez :
Voyez ces mains , voyez ces pieds !
D'où cela vient-il, je vous prie?
Pour moi , si l'on veut le savoir.
Mon ciel est là dans son œil noir, Et ses deux bras sont ma patrie. »
Que je l'aimais ! que je l'aimais !
Son esprit avait des sommets Où son cœur seul pouvait atteindre.
Sa beauté, comme le soleil.
M'inondait d'un rayon vermeil :
Tous nos amis voulaient nous peindre.
Que de courses à travers champs !
Quel amour des soleils couchants , Quelle fureur de paysages !
Nous partions bras dessus dessous Et nous allions droit devant nous ; Nous étions fous... nous étions sages !
Hélas ! que suis-je maintenant , Lorsque je pleure en revenant âSur des aventures passées?
Nos sempiternelles amours Ont fait ce qu'elles font toujours...
Et mes chaussettes sont percées.