ADÈLE
Adèle est une lorette , Elle vit de ses amours ; Elle change tous les jours D'amant comme de toilette, Et chacun de ses désirs Lui coûte un ou deux plaisirs.
Mais dans sa noire prunelle Brille tant de volupté ! . . .
Adèle , ma pauvre Adèle , Cela vous sera compté.
Adèle a tous les caprices ; Il lui faut tous les bonheurs , ' Des valets , de Tor, des fleurs , Tous les luxes , tous les vicçs !
Elle se livre au premier Qui sait plaire ou peut payer...
. Mais Dieu , qui la fit si belle , Lui donna tant de bonté ! . . .
Adèle, ma pauvre Adèle, Cela vous sera compté.
De sa livrée insolente ,
De ses chevaux hennissants
Elle insulte les passants ;
La courtisane indolente
Eclabousse sans pitié
La vertu qui marche à pié !
Mais au pauvre qui l'appelle Elle fait la charité....
Adèle , ma pauvre Adèle , Gela vous sera compté.
L'été la fait châtelaine ; Elle a des prés et des bois , Un manoir, des villageois Dont elle est la souveraine Elle va, par ses vilains, Se faire baiser les mains ; Mais elle sème autour d'elle
Le bien-être et la gaîté
Adèle , ma pauvre Adèle , Cela vous sera compté.
En ses mains l'or s'éparpille ; Il s'envole au gré du vent ; Un jour dévore souvent L'aisance d'une famille ! Mais on m'a dit qu'en secret A sa mère elle envoyait Le pain, le bois, la chandelle,
Le repos et la santé
Adèle, ma pauvre Adèle, Cela vous sera compté.
Adèle eut, dès son enfance.
Un fils , espoir de son cœur ; C'est sa dernière pudeur.
De loin sur son innocence Elle veille avec amour ; Il sera soldat un jour. . . .
Sans jamais connaître celle Dont roug[irait sa fierté ! . . .
Adèle , ma pauvre Adèle , Gela vous sera compté.