‹ Chansons de Gustave NadaudChapitre 20 sur 249 · ADÈLE · texte numérisé non relu

ADÈLE

Adèle est une lorette , Elle vit de ses amours ; Elle change tous les jours D'amant comme de toilette, Et chacun de ses désirs Lui coûte un ou deux plaisirs.

Mais dans sa noire prunelle Brille tant de volupté ! . . .

Adèle , ma pauvre Adèle , Cela vous sera compté.

Adèle a tous les caprices ; Il lui faut tous les bonheurs , ' Des valets , de Tor, des fleurs , Tous les luxes , tous les vicçs !

Elle se livre au premier Qui sait plaire ou peut payer...

. Mais Dieu , qui la fit si belle , Lui donna tant de bonté ! . . .

Adèle, ma pauvre Adèle, Cela vous sera compté.

De sa livrée insolente ,

De ses chevaux hennissants

Elle insulte les passants ;

La courtisane indolente

Eclabousse sans pitié

La vertu qui marche à pié !

Mais au pauvre qui l'appelle Elle fait la charité....

Adèle , ma pauvre Adèle , Gela vous sera compté.

L'été la fait châtelaine ; Elle a des prés et des bois , Un manoir, des villageois Dont elle est la souveraine Elle va, par ses vilains, Se faire baiser les mains ; Mais elle sème autour d'elle

Le bien-être et la gaîté

Adèle , ma pauvre Adèle , Cela vous sera compté.

En ses mains l'or s'éparpille ; Il s'envole au gré du vent ; Un jour dévore souvent L'aisance d'une famille ! Mais on m'a dit qu'en secret A sa mère elle envoyait Le pain, le bois, la chandelle,

Le repos et la santé

Adèle, ma pauvre Adèle, Cela vous sera compté.

Adèle eut, dès son enfance.

Un fils , espoir de son cœur ; C'est sa dernière pudeur.

De loin sur son innocence Elle veille avec amour ; Il sera soldat un jour. . . .

Sans jamais connaître celle Dont roug[irait sa fierté ! . . .

Adèle , ma pauvre Adèle , Gela vous sera compté.

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