‹ Chansons de Gustave NadaudChapitre 209 sur 249 · VENISE REINE · texte numérisé non relu

VENISE REINE

L'ai-je entendu, l'ai-je rêvé, Ce chant apporté par la brise, Qui sur un canal de Venise A mon oreille est arrivé?

CHANSONS. 48i

Écoutez , la nuit est sereine ; Dans l'air une voix a frémi :

Ho! hé! sia premi!

Venise est encore une reine.

C'était le cri du gondolier Qui chante appuyé sur sa rame :

« J'étais amoureux d'une fenune Captive aux bras de son geôlier.

La captive a rompu sa chaîne Et relevé son front pâli.

Ho! hé! sia stali!

Venise est encore une reine.

« Ils sont partis , les étrangers , Ils ont revu leur Allemagne.

Chacun sa plaine ou sa montagne , Ses sapins ou ses orangers.

Quand la paix succède à la haine , L'étranger n'est plus l'ennemi.

Ho! hé! sia premi!

Venise est encore une reine.

« Reprends le royaume des flots , Épouse de l'Adriatique, Séjour de la sirène antique , Ilot formé de cent ilôts , Vaisseau dont la vaste carène Est d'or et de marbre poli.

Ho! hé! sia stali!

Venise est encore une reine. »

La voix qui m'arrivait ainsi ,

Ce n'était pas la voix d'un homme ;

C'était Venise ou c'était Rome, Car les peuples chantent aussi ; C'était la conscience humaine Qui trouve partout un écho.

Ho! hé! sia lungo!

Venise est encore une reine.

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