LA CHAUMIÈRE
O bayadères,
Nymphes légères , Loin de Parié s'envolent les hivers;
Venez, fringantes
Étudiantes, L'air est limpide et les bosquets sont verts.
Que du printemps les aimables prémices , Du noir Prado fermant les deux battants , Rouvrent vos cœurs aux amoureux caprices , Et la Chaumière à vos pas inconstants.
Dans leur volage
Pèlerinage , Voyez y là-bas , cent couples assortis
Suivre avec grâce
Du mont Parnasse Les frais berceaux et les jardins fleuris.
Voyez bondir chaque fille rieuse , En éteignoir son chapeau se pencher, Et sa mantille accuser, la flatteuse!
Tous les contours qu'elle devrait cacher.
Mines coquettes ,
Riches toilettes , Venez briller dans le joyeux sëjour;
Heureux délire !
Tout y respire La volupté, la jeunesse et Famour.
Sous ces bosquets , pavillons tutélaires , Sur ces gazons , ingénieux sofas , Que de plaisirs , que d'étranges mystères , Que Ton comprend , et que Ton ùe dit pas !
Discrets bocages ,
Sous vos ombrages
Cachez toujours ces charmantes erreurs >
Et ces pensées Jadis tracées Sur les rameaux de vos lilas en fleurs !
Peut-être un jour, quand nos têtes blanchies Se courberont sur nos corps énervés , Trouverons-nous sur vos tiges grandies Des souvenirs par vous seuls conservés!
Réminiscence
De notre enfance, Que vous ferez alors battre nos cœurs !
Biens éphémèresr,
Fleurs passagères , Nos yeux taris vous donneront des pleurs !
Mais à présent que la force et la vie Dans tous nos sens circulent à grands flots.
Enivrons-nous Aujourd'hui la folie,
Le bruit, le monde! et demain le repos.
O ma déesse
Enchanteresse, ,
Viens, épuisons la coupe du plaisir,
Source idéale,
Où tout exhale Un souffle , un chant , un parfum , un désir !
Vois , comme nous , la nature avivée Des bois épais nous offrir le manteau ; Là, l'herbe fraîche, en tertre relevée, Étend au loin son canapé nouveau.
Puis , des montagnes ,
Vois tes compagnes Rouler gaîment en se donnant la main ,
Cohorte blanche ,
Que Favalanche Rapide entraine au fond de ce ravin.
Et maintenant, amazone hardie, Presse les flancs du Pégase indompté , Qui , comme plus d*un moderne génie y Descend toujours dès qu'il est remonté !
Avec audace ,
Franchis l'espace ; De ton coursier je suis les pas bruyants;
Et dans l'abtme ,
Couple sublime , Élançons-nous , radieux et chantants !
Puis y nous irons du chalet helvétique Entendre encor l'orchestre campagnard , Où le piston pastoral et rustique Redit les airs du champêtre Musard.
Vite à la danse
Chacun s'élance; Sur le bitume on se presse j on accourt ;
Yole et frétille
Dans le quadrille , Gai colibri , qui rayonnes d'amour.
Quel cri perçant domine la tempête?
Angélina rappelle ses époux ;
Ainsi , le soir, Famoureuse chouette Dans les forêts réveille les hiboux.
Peuple frivole ,
Le temps s'envole , Chantez, dansez ! . . . Mais que vois-je là-bas?. . .
Cette figure,
Étrange et mûre , Sur ce grand corps qui circule à grands pas?
Parmi les fleurs et les willis vermeilles , Que viens-tu faire ici , sylphe ventru ? Épais frelon , au sein de nos abeilles , Viens-tu chercher le miel qui nous est dû?
Non , c'est Lahire ,
Qui, sans sourire, Promène au loin son regard vigilant;
Sa main sévère,
Et peu légère , De ses massifs extirpe le chiendent!
Pourquoi donner cent bras à Briarée?
Au brave Argus pourquoi donner cent yeux? Avec sa vue et sa poigne sacrée , Lahire eût pu les remplacer tous deux.
Mais le bruit cesse ;
Chacun s'empresse De regagner ses pénates lointains;
Puis , dans les rues ,
Cent voix émues Vont réveiller tous les échos latins.
De tous côtés, voyez, dans la nuit sombre, S*éyanouir Fessaim mélodieux; Puis tout se tait, on n'entend plus dans l'ombre Qu'Angélina poussant son cri d'adieux.
Allez, fringantes
Étudiantes , Allez trouver, étudiants joyeux.
Dans vos cbambrettes ,
Sur vos couchettes , Le repos seuls ou le plaisir à deux !