‹ Chansons de Gustave NadaudChapitre 22 sur 249 · LA CHAUMIÈRE · texte numérisé non relu

LA CHAUMIÈRE

O bayadères,

Nymphes légères , Loin de Parié s'envolent les hivers;

Venez, fringantes

Étudiantes, L'air est limpide et les bosquets sont verts.

Que du printemps les aimables prémices , Du noir Prado fermant les deux battants , Rouvrent vos cœurs aux amoureux caprices , Et la Chaumière à vos pas inconstants.

Dans leur volage

Pèlerinage , Voyez y là-bas , cent couples assortis

Suivre avec grâce

Du mont Parnasse Les frais berceaux et les jardins fleuris.

Voyez bondir chaque fille rieuse , En éteignoir son chapeau se pencher, Et sa mantille accuser, la flatteuse!

Tous les contours qu'elle devrait cacher.

Mines coquettes ,

Riches toilettes , Venez briller dans le joyeux sëjour;

Heureux délire !

Tout y respire La volupté, la jeunesse et Famour.

Sous ces bosquets , pavillons tutélaires , Sur ces gazons , ingénieux sofas , Que de plaisirs , que d'étranges mystères , Que Ton comprend , et que Ton ùe dit pas !

Discrets bocages ,

Sous vos ombrages

Cachez toujours ces charmantes erreurs >

Et ces pensées Jadis tracées Sur les rameaux de vos lilas en fleurs !

Peut-être un jour, quand nos têtes blanchies Se courberont sur nos corps énervés , Trouverons-nous sur vos tiges grandies Des souvenirs par vous seuls conservés!

Réminiscence

De notre enfance, Que vous ferez alors battre nos cœurs !

Biens éphémèresr,

Fleurs passagères , Nos yeux taris vous donneront des pleurs !

Mais à présent que la force et la vie Dans tous nos sens circulent à grands flots.

Enivrons-nous Aujourd'hui la folie,

Le bruit, le monde! et demain le repos.

O ma déesse

Enchanteresse, ,

Viens, épuisons la coupe du plaisir,

Source idéale,

Où tout exhale Un souffle , un chant , un parfum , un désir !

Vois , comme nous , la nature avivée Des bois épais nous offrir le manteau ; Là, l'herbe fraîche, en tertre relevée, Étend au loin son canapé nouveau.

Puis , des montagnes ,

Vois tes compagnes Rouler gaîment en se donnant la main ,

Cohorte blanche ,

Que Favalanche Rapide entraine au fond de ce ravin.

Et maintenant, amazone hardie, Presse les flancs du Pégase indompté , Qui , comme plus d*un moderne génie y Descend toujours dès qu'il est remonté !

Avec audace ,

Franchis l'espace ; De ton coursier je suis les pas bruyants;

Et dans l'abtme ,

Couple sublime , Élançons-nous , radieux et chantants !

Puis y nous irons du chalet helvétique Entendre encor l'orchestre campagnard , Où le piston pastoral et rustique Redit les airs du champêtre Musard.

Vite à la danse

Chacun s'élance; Sur le bitume on se presse j on accourt ;

Yole et frétille

Dans le quadrille , Gai colibri , qui rayonnes d'amour.

Quel cri perçant domine la tempête?

Angélina rappelle ses époux ;

Ainsi , le soir, Famoureuse chouette Dans les forêts réveille les hiboux.

Peuple frivole ,

Le temps s'envole , Chantez, dansez ! . . . Mais que vois-je là-bas?. . .

Cette figure,

Étrange et mûre , Sur ce grand corps qui circule à grands pas?

Parmi les fleurs et les willis vermeilles , Que viens-tu faire ici , sylphe ventru ? Épais frelon , au sein de nos abeilles , Viens-tu chercher le miel qui nous est dû?

Non , c'est Lahire ,

Qui, sans sourire, Promène au loin son regard vigilant;

Sa main sévère,

Et peu légère , De ses massifs extirpe le chiendent!

Pourquoi donner cent bras à Briarée?

Au brave Argus pourquoi donner cent yeux? Avec sa vue et sa poigne sacrée , Lahire eût pu les remplacer tous deux.

Mais le bruit cesse ;

Chacun s'empresse De regagner ses pénates lointains;

Puis , dans les rues ,

Cent voix émues Vont réveiller tous les échos latins.

De tous côtés, voyez, dans la nuit sombre, S*éyanouir Fessaim mélodieux; Puis tout se tait, on n'entend plus dans l'ombre Qu'Angélina poussant son cri d'adieux.

Allez, fringantes

Étudiantes , Allez trouver, étudiants joyeux.

Dans vos cbambrettes ,

Sur vos couchettes , Le repos seuls ou le plaisir à deux !

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