LE MUR
Depuis que j'abrite ma vie Derrière le mur de la loi , Tous mes voisins meurent d*envie De voir ce qui se fait chez moi.
Toute existence qui se cache Pour le public a des appas.
Qu'on se le dise et qu'on le sache :
€e mur est mien ; n'y touchez pas.
Je comprends qu'on veuille connaître Les habitants d'une maison <iui n'a ni porte ni fenêtre.
Et qui n'est pas une prison.
On se rassemble, on s'interpelle; Les plus hardis disent tout bas :
« Si nous appliquions une échelle ? »
€e niur est mien ; n'y grimpez pas.
Les polissons du voisinage l^rofitent de notre sommeil
I^our y tracer plus d'une image* Que voit l'aurore à son réveil.
Auteurs de ces basses peintures ^ N'arrêtez point ici vos pas; Portez ailleurs vos signatures.
Ce mur est mien; n'y peignez pas.
Bavards , chroniqueurs , journalistes ^ Qui savez vous fourrer partout , Charlatans I médecins, dentistes, Nouveautés de luxe et de goût, Chiens perdus, terriers ou caniches, Faiseurs de tours , dresseurs d'appâts ^ Apposez plus loin vos affiches.
Ce mur est mien; n'y collez pas.
Pourtant au fond je suis bonhomme »
Et si le bruit fait mon effroi ,
Je serais désolé qu'en somme
Ou ne parlât jamais de moi.
Le mur où ma vertu se loge
Est sacré ; mais , si vous voulez
L'utiliser à moii éloge,
Touchez, grimpez, peignez, collez.