‹ Chansons de Gustave NadaudChapitre 220 sur 249 · LE MUR · texte numérisé non relu

LE MUR

Depuis que j'abrite ma vie Derrière le mur de la loi , Tous mes voisins meurent d*envie De voir ce qui se fait chez moi.

Toute existence qui se cache Pour le public a des appas.

Qu'on se le dise et qu'on le sache :

€e mur est mien ; n'y touchez pas.

Je comprends qu'on veuille connaître Les habitants d'une maison <iui n'a ni porte ni fenêtre.

Et qui n'est pas une prison.

On se rassemble, on s'interpelle; Les plus hardis disent tout bas :

« Si nous appliquions une échelle ? »

€e niur est mien ; n'y grimpez pas.

Les polissons du voisinage l^rofitent de notre sommeil

I^our y tracer plus d'une image* Que voit l'aurore à son réveil.

Auteurs de ces basses peintures ^ N'arrêtez point ici vos pas; Portez ailleurs vos signatures.

Ce mur est mien; n'y peignez pas.

Bavards , chroniqueurs , journalistes ^ Qui savez vous fourrer partout , Charlatans I médecins, dentistes, Nouveautés de luxe et de goût, Chiens perdus, terriers ou caniches, Faiseurs de tours , dresseurs d'appâts ^ Apposez plus loin vos affiches.

Ce mur est mien; n'y collez pas.

Pourtant au fond je suis bonhomme »

Et si le bruit fait mon effroi ,

Je serais désolé qu'en somme

Ou ne parlât jamais de moi.

Le mur où ma vertu se loge

Est sacré ; mais , si vous voulez

L'utiliser à moii éloge,

Touchez, grimpez, peignez, collez.

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