‹ Chansons de Gustave NadaudChapitre 219 sur 249 · LE TOUR DU MONDE · texte numérisé non relu

LE TOUR DU MONDE

Paul se prit un jour à songer.

La suite de sa rêverie Fut un désir de voyager Qui n'entendait pas raillerie.

Livrant son esprit à la foi D''une espérance vagabonde , Il résolut de faire... quoi?

Le tour du monde.

Il va trouver son médecin , Un Hippocrate de village ,

505 GUSTAVE MADAUD.

Pour lui confier son dessein.

« Bien , dit ce docte personnag^e ; Les anciens l'ont dit avant nous :

Les voyages forment les hommes , Et nous en avons besoin tous Tant que nous sommes.

— Voyons , docteur, causons un peu :

D'abord , où commence le monde ?

— Le monde ? Ici même , parbleu !

Où vous êtes ! La terre est ronde.

— Bravo ! je l'aime autant ainsi ; Mais où finit le tour du monde ?

— Toujours où vous êtes , ici !

La terre est ronde.

— Soit, dit Paul, je sors par ma cour, Ou par mon jardin , il n'importe ;

Je saurai que j'ai fait mon tour Si je rentre par l'autre porte.

— Sans doute, allez toujours tout droit, Sur une orange ou sur la terre ,

Vous reviendrez au même endroit ; La chose est claire.

— Mais à ce compte , cher docteur.

Si je comprends bien mon affaire , Je suis le pôle, l'équateur,

Le méridien de ma sphère ; Je suis le nœud qui réunit Les cercles terrestre et céleste.

Ici tout commence et finit.

J'y suis, j'y reste. »

l*aul eut-il tort, eut-il raison?

La fortune et les hirondelles Font leur nid dans notre maison Lorsque nous courons après elles.

Le bonheur est là sous la main ; Eh bien, que le ciel nous confonde, Si nous ne commençons demain Le tour du monde !

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