DOUBLE ZERO
Je partis un jour pour la chasse , Ayant placé dans ma besace Du plomb de plus d'un numéro :
Zéro, zéro, double zéro.
Je recherchais une alliance Avec la dot et Tespérance.
Léandre poursuivait Héro.
Zéro, zéro, double zéro.
J'allai d'abord droit à Bruxelles ; Les femmes y font des dentelles ; Les hommes boivent le faro.
Zéro, zéro, double zéro.
Le Hollandais fume la pipe , Cultive fromage et tulipe , Coupe à cœur et garde à carreau.
Zéro, zéro, double zéro.
CHANSONS. 5c7
Il me sembla que ces conti*ées Étaient par trop hyperborées ; On en sort par terre ou par eau.
Zéro, zéro, double zéro.
La Prusse n'est pas ce que j'aime , Et je refuserais quand même Une héritière de Moreau...
Zéro, zéro, double zéro.
Puis je songeais à la Pologne , Et je passai devant Cologne En enfonçant mon sombrero.
Zéro, zéro, double zéro.
Rien à faire en terre badoise ; On y bismarke, on y patoisc; Le grand-duc s'est fait hobereau.
Zéro, zéro, double zéro.
Je me dirigeai vers la Suisse.
Berne me dit : « Dieu vous bénisse ! » Genève me cria : « Haro ! »
Zéro, zéro, double zéro.
On me montra ma fiancée ; Mais elle était trop haut placée , Sur le sommet de la JungFrau .
Zéro y zéro, double zéro.
Je me souvins qu'en Italie Était une enfant fort jolie , Fille d'un vieux carbonaro.
Zéro, zéro, double zéro.
Je trouvai la belle occupée.
Désarticulant sa poupée Et chantant un romancero.
Zéro, zéro, double zéro.
Elle me conta que son père Chassait du côté de Saint-Pierre Avec son feutre et son sarrau.
Zéro, zéro, double zéro.
J'avais au sud des Pyrénées Quelques créances obstinées Remontant au Trocadéro.
Zéro, zéro, double zéro.
Je me fis indiquer la banque Du bachelier de Salamanque, Et présentai mon bordereau :
Zéro, zéro, double zéro.
Mais , au lieu d'acquitter le reste , On me fit un emprunt modeste Garanti par Baldomero.
Zéro, zéro, double zéro.
Voilà pourtant ce que l'on gag^ne A faire crédit à l'Espagne ; On est rasé par Figaro.
Zéro, zéro, double zéro.
J'avais encore une ressource, Je pouvais jouer à la bourse; Un agent m'ouvrit son bureau.
Zéro, zéro, double zéro.
Monaco tenta mon audace; ■C'est là qu'on chasse et qu'on déchasse; Mais il n'y sort qu'un numéro :
Zéro, zéro, double zéro.
A la fin je revins bredouille, Portant mon fusil en quenouille , N'ayant femme, argent, ni perdreau :
Zéro, zéro, double zéro.