‹ Chansons de Gustave NadaudChapitre 231 sur 249 · LE PEINTRE DES ROIS · texte numérisé non relu

LE PEINTRE DES ROIS

A la cour d'un roi d'Allemagne , Je voyais souvent autrefois Un artiste de la Romagne, Albertini , peintre des rois

D'un bout à l'autre de l'année, Il fabriquait, de parti pris, La même tête couronnée , Même qualité, même prix.

Revenu d'ailleurs assez mince , Et sujet aux revirements...

■Cela s'expédie en province Aux bons bourgmestres allemands

Peindre vingt fois la même tête , de n'est pas fort divertissant; Mais la main est faite et refaite Quand on arrive au chiffre cent.

Un jour, étant dans le royaume, J'allai voir cet Albertini.

Il travaillait un roi Guillaume Qui n'était pas encor fini.

Il avait peint les accessoires , Paysage, fond de portrait, L'habit, la couronne et les gloires.

Mais du visage pas un trait.

L'incident me parut bizarre; Alb/ertini , sans s'émouvoir, CMe dit : « Celui que je prépare Ne peut-il pas mourir ce soir? »

C'est une mission céleste Que Dieu lui confie ici-bas :

Le roi meurt , la royauté reste , L'homme a changé , l'habit non pas.

Le roi mort, fût-il Charlemagne, Son. portrait n'a plus de valeur.

Tous les bourgmestres d'Allemagne Voudront avoir son successeur.

La besogne est faite d'avance; En quatre ou cinq coups de pinceau Je complète la ressemblance.

Et je présente mon tableau.

Quand Dieu reprend Guillaume père , Guillaume fils nous est rendu ; Le royaume est toujours prospère , Et mon portrait n'est pas perdu.

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