DAME SOTTISE
Esprit qui fut autrefois
Si cher aux Gaulois , Pour sa fine bonhomie , Vient de mourir d'anëmie.
Il eut tort :
Car une ennemie A pris la place du mort.
Et dame Sottise, En toilette de g^ala.
Court de çà, de là,
Chacun la courtise, La voilà !
Et les dindes et les grues , Sur son passage accourues , Se dressent sur un perchoir
Pour mieux voir Sottise qui court les rues.
Elle arrive dans Paris ;
Un passant surpris Dit : « C'est vous, mademoiselle ?* — Non , mon ami , répond-elle ; Je défends
Qu'ainsi l'on m'appelle , Puisque j'ai beaucoup d'enfants. ^
Et dame Sottise , etc.
Elle voit d'anciens amis , Marchands ou commis :
« Où donc avez-TOus , princesse ,
Pris ce retour de jeunesse ?
— Dans mon lit.
La fortune eng^raisse
Et le succès embellit. »
Et dame Sottise, etc.
Elle voit un directeur
Qui dit : « Serviteur !
M'apportez-vous un pôëme ? Je le joue à l'instant même , L'an prochain Et toujours, quand même.
Avec des airs de Machin...»
Et dame Sottise , etc.
Elle entre dans le bureau
D'un journal nouveau.
Le gérant lève la tête :
« Oh ! dit-il, que j'étais bête!
Yertuchoux !
Ma fortune est faite Si vous écrivez chez nous. »
Et dame Sottise, etc.
Elle entre dans un salon ,
Y prend du galon , Va bravant les épigrammes , La bouche ouverte aux réclames ,
L'air railleur.
Et donnant aux femmes L'adresse de son tailleur.
Et dame Sottise , etc.
Esprit qui fus autrefois
Si cher aux Gaulois , Tes dieux ne sont plus les nôtres.
Les tréteaux ont leurs apôtres , Et l'on rit.
Riez donc , vous autres !
La béte a tué l'esprit. *
Et dame Sottise En toilette de g[ala,
Court de çà , de là ,
Chacun la courtise, La voilà !
Et les dindes et les grues , Sur son passage accourues , Se dressent sur un perchoir
Pour mieux voir Sottise qui court les jrues.