‹ Chansons de Gustave NadaudChapitre 238 sur 249 · DAME SOTTISE · texte numérisé non relu

DAME SOTTISE

Esprit qui fut autrefois

Si cher aux Gaulois , Pour sa fine bonhomie , Vient de mourir d'anëmie.

Il eut tort :

Car une ennemie A pris la place du mort.

Et dame Sottise, En toilette de g^ala.

Court de çà, de là,

Chacun la courtise, La voilà !

Et les dindes et les grues , Sur son passage accourues , Se dressent sur un perchoir

Pour mieux voir Sottise qui court les rues.

Elle arrive dans Paris ;

Un passant surpris Dit : « C'est vous, mademoiselle ?* — Non , mon ami , répond-elle ; Je défends

Qu'ainsi l'on m'appelle , Puisque j'ai beaucoup d'enfants. ^

Et dame Sottise , etc.

Elle voit d'anciens amis , Marchands ou commis :

« Où donc avez-TOus , princesse ,

Pris ce retour de jeunesse ?

— Dans mon lit.

La fortune eng^raisse

Et le succès embellit. »

Et dame Sottise, etc.

Elle voit un directeur

Qui dit : « Serviteur !

M'apportez-vous un pôëme ? Je le joue à l'instant même , L'an prochain Et toujours, quand même.

Avec des airs de Machin...»

Et dame Sottise , etc.

Elle entre dans le bureau

D'un journal nouveau.

Le gérant lève la tête :

« Oh ! dit-il, que j'étais bête!

Yertuchoux !

Ma fortune est faite Si vous écrivez chez nous. »

Et dame Sottise, etc.

Elle entre dans un salon ,

Y prend du galon , Va bravant les épigrammes , La bouche ouverte aux réclames ,

L'air railleur.

Et donnant aux femmes L'adresse de son tailleur.

Et dame Sottise , etc.

Esprit qui fus autrefois

Si cher aux Gaulois , Tes dieux ne sont plus les nôtres.

Les tréteaux ont leurs apôtres , Et l'on rit.

Riez donc , vous autres !

La béte a tué l'esprit. *

Et dame Sottise En toilette de g[ala,

Court de çà , de là ,

Chacun la courtise, La voilà !

Et les dindes et les grues , Sur son passage accourues , Se dressent sur un perchoir

Pour mieux voir Sottise qui court les jrues.

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