‹ Chansons de Gustave NadaudChapitre 239 sur 249 · LE VEAU · texte numérisé non relu

LE VEAU

L'autre jour, dans un herbage ,

Par aventure passant ,

Je vis un troupeau paissant

En famille sous l'ombrage.

Un veau de trois mois et quart ,

Qui ruminait à l'écart ,

Me cria dans son langage :

« Je suis veau {bis) ; Serai-je bœuf ou taureau?

» Quand je vois bœuf immobile N'avoir point d'autre embarras Que d'être luisant et gras , Je me dis : Bœuf est tranquille.

Oui , mais c'est un grand danger Que d'être bon à manger Quand on s'en va vers la ville

» Je suis veau {bis) ; Serai-je bœuf ou taureau ?

» Quand je vois une génisse

A peau fine ^ à poil soyeux ,

Je me dis : Taureau vaut mieux ;

Et je veux qu'on nous unisse...

Oui , mais on dit que l'amour

Persécute nuit et jour

Ceux qu'il prend à son service.

» Je suis veau {bis) ; Serai-je bœuf ou taureau ?

« Si je parle politique , Bœuf est un bon potentat Qui gouverne son État Sur un trône pacifique.

Taureau , c*est le conquérant ; lie pré n'est pas assez grand Pour son sceptre despotique.

^ Je suis veau {bis) ; Serai-je bœuf ou taureau ?

» Je consulte père et mère ; Voici leur avis tout neuf :

Le plus sage est d'être bœuf, Si j'en crois taureau mon père; Oui, mais voici du nouveau :

Mieux est de rester taureau , Si j'en crois vache ma mère.

» Je suis veau {bis) ; Serai-je bœuf ou taureau ? »

J'interrompis ce novice En disant : « Jeune animal, Garde ton état normal ; Puis, s'il faut un sacrifice...

— Bon , répondit-il , tu crois Qu'on va me laisser le choix ?

Conseilleurs , Dieu vous bénisse !

» Je suis veau {bis) ; Serai-je bœuf ou taureau ? »

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