‹ Chansons de Gustave NadaudChapitre 241 sur 249 · LA GRANDE CLASSE · texte numérisé non relu

LA GRANDE CLASSE

J'ai visité la grande classe , Celle des premiers , des plus forts , Des adultes de haute race.

Gomme j'y suis entré, j'en sors.

Je voulais , dans mon ignorance , Admirer au moins une fois Les premiers écoliers de France.

Je les ai vus , et je les vois :

Le professeur est dans sa chaire.

Les gradins , rangés à Tentour, S'arrondissent en demi*sphère Et se remplissent tour à tour.

Deux par deux , trois par trois, on entre. Chaque élève , sans se presser, A droite, à gauche, au bord, au centre, En bas, en haut, va se placer.

J'en vois quelques-uns, dans le nombre, Qui me paraissent assez vieux ; Mais en hiver la salle est sombre , Et puis j'ai de si mauvais yeux !

Professeur et maîtres d'étude Disent : « Chut ! >» à leurs écoliers. Il paraît que c'est l'habitude , On ne se tait pas volontiers.

Plusieurs demandent la parole Pour erreurs au procès-verbal :

Colza mis au lieu de pétrole, Ou César au lieu d'Ânnibal ;

Une virgule mal placée , Un point qui manque sur un t; Une demi-heure est passée Avant que cela soit fini.

D'aucuns , excusent leurs absences , D'autres , demandent des congés.

Mais ne parlez pas de vacances A ces travailleurs enragés.

Un élève monte au pupitre Et se met à lire un devoir Dont il ne donne pas le titre.

Nous allons voir, nous allons voir.

Mais il a la voix nasillarde

Et l'accent septentrional.

Puis, autour de moi, l'on bavarde.

Il écrit bien, mais parle mal.

Ils ont, aux leçons de lecture, Un usage assez singulier, Celui de battre la mesure Avec des couteaux à papier.

Cette leçon , il faut le croire , N'est que pour les adolescents ; Les exercices de mémoire Seront bien plus intéressants.

Le professeur sonne la cloche.

Le lecteur, comme un linge blanc , Remet son cahier dans sa poche Et revient s'asseoir à son banc.

Un autre monte à la tribune.

Celui-ci récite par coeur.

Il sait son texte sans lacune.

A gauche on applaudit en chœur.

Aussitôt on murmure à droite.

C'est mal ici; c'est bien là-bas; Il semble que chacun emboîte Le pas d'un chef qu'on ne voit pas.

Peut^^tre bien sont-ce deux frères Qui, pour affirmer leur savoir.

Soutiennent deux thèses contraires Moins par amour que par devoir.

Mais non ; voici la groase caisse Alternant avec les tambours.

Le professeur sonne sans cesse Et les couteaux tapent toujours.

Mon Dieu , mon Dieu , comme ils en usent, De ces couteaux ! . . . Mais , entre nous , Si l'on ne veut pas qu'ils s'amusent , Pourquoi leur donner des joujoux?

Nous sommes en pleines tempêtes.

Les mots aigus lancés dans l'air Croisent les grosses épithètes.

Le tonnerre étouffe l'éclair.

im GUSTAVE NADAUD.

Deux élèves, ténor et basse, L'un tout petit, l'autre très-grand, (On rit) nez à nez, face à fece.

Se heurtent en se rencontrant.

Le petit n'en veut pas démordre ^

Le grand ne peut pas reculer.

On crie : « Assez ! A Tordre ! à Tordre ! »

De quel ordre veut-on parler?

Je dis à mon voisin : « De grâce , Ce bruit va-t-il bientôt cesser?

Moi, je suis venu pour la classe.

Va-t-elle bientôt commencer ?

— Mais, monsieur, elle est terminée; Vous avez eu trois grands discours.

— Merci. J'ai perdu ma journée.

Est-ce de même tous les jours ? a

Il me répondit : « Mon brave homme , Je vous trouve encore bien bon.

L'endroit où vous êtes se nomme :

L'école du palais Bourbon. »

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