L*ANNIVERSA1RE DE L*OUVRIER
J'ai pour voisin un ouvrier :
Nous commençons à nous connaître; De sa mansarde à ma fenêtre , Nous nous voyons ; il est bottier.
J'ai pour voisin un ouvrier.
Mon voisin est célibataire ; Pas de famille, peu d'amis.
Il niche, au reboilrs des fourmis, Plus dans le ciel que sur la terre.
Mon voisin est célibataire.
Ce n'est certes pas celui-là Qui connaît le cours de la Bourse , Ou qui parie au champ de course Pour Samson ou pour Dalila.
Ce n'est certes pas celui-là.
Hier soir, quelle fut ma surprise !
Vers son balcon m'étant tourné ,.
Je vis son toit illuminé Gomme une chapelle d'église.
Hier soir, quelle fiit ma surprise !
Mon voisin s'était mis en irais :
Un bouquet entre deux chandelles !
Lumière vive et fleurs nouvelles !
Pour un homme serré de près, Mon voisin s'était mis en frais.
Âurait-il fait un héritage ?
Tant mieux ! quelques paillettes d'or Prendraient si gaiment leur essor Vers ce laborieux étage !
Aurait-il fait un héritage?
Aurait-il pris un magasin Dans le voisinage ? Peut-être :
Et l'ouvrier, devenu maître , S'enrichirait? Mon cher voisin Aurait-il pris un magasin ?
Peutrétre une jeune ouvrière , Lui donnant aujourd'hui sa main , Yiendra-t-elle cueillir demain Le bouquet éclos sur la pierre ?
Peut-être une jeune ouvrière. . • ?
Je grimpai jusqu'à son taudis , Et tout en parlant d'autre chose, J'en vins à demander la cause De cette fête au paradis.
Je montai jusqu'à son taudis.
« C'est la date de ma naissance, Dit mon voisin , avec gaité , Et quand on a vie et santé , On doit bénir la Providence.
C'est la date de ma naissance. »
Salut à toi , brave ouvrier, Toi qui songes, dans ta ipisère, A fêter un anniversaire Que d'autres voudraient oublier; Salut à toi , brave ouvrier !