AU COIN DU FEU
Déjà rhiver rappelle Nos députés errants, Et la troupe nouvelle Des écoliers bruyants , Les beautés voyageuses Et les chastes baigneuses
Au coin du feu ,
Causons un peu.
Causons de toute chose , De nos anciens amis.
D'arts, de vers et de prose, Et de plaisirs permis; Des beaux jours de la vie , Et de philosophie. . . .
Au coin du feu ,
Causons un peu.
Tenons-nous sur nos gardes :
Pas d'avocats taquins , Pas de femmes bavardes , De vieux républicains !
Braillards de toute sorte ,
Battez-vous à la porte ! . . .
Au coin du feu , Causons un peu.
Lâchons nos épigrammes , Sans crier sur les toits ; Des maris et des femmes Causons à demi-voix :
Des absents, des absentes, De nos gloires récentes
Au coin du feu,
Causons un peu.
Dans son erreur profonde , Si quelque esprit malsain Veut réformer le monde Qui fuit son médecin , Dans son docte système Qu'il s'embrouille lui-même....
Au coin du feu.
Causons un peu.
Des hommes de génie Qu'on siffle injustement, Soulageons l'agonie Par quelque mot clément; Sans trop de médisance , De leur impertinence ,
Au coin du feu ,
Causons un peu.
Si cela nous ennuie , Revenons aux vivants,
Et causons de la pluie , Des brouillards et des vents ; De rhiver monotone , Et des feuilles d'automne
Au coin du feu ,
Causons un peu.