DANS CINQUANTE ANS
Enfants , ne portez pas envie Au flot qui court précipité ; Si le temps emporte la vie , Il donne l'immortalité.
«8 GUSTAVE MADAUD.
Le sable que le feu dévore Produit les métaux éclatants ; Écoutez-moi , vous qui vivrez encore Dans cinquante ans.
A peine aurez-vous en mémoire Des noms illustres aujourd'hui , Enfants précoces de la gloire , Qu'un orage emporte après lui.
Mais, dans le ciel de notre France, Des astres respectés du temps Rayonneront, grandis par la distance, Dans cinquante ans.
Adieu, divinités fragiles.
Petits auteurs de grands romans; Adieu , romantiques argiles , Qui vous pensiez des monuments.
Mais salut, jeunesse divine.
Que vont réchauffer les printemps :
Vivez toujours, Béranger, Lamartine, Dans cinquante ans.
— Mais dites-nous plutôt, grand-père, Quand les hommes seront meilleurs, Quand la vertu sur cette terre Ne trouvera plus de railleurs , Quand la fraternité féconde Unira les peuples flottants?...
— Dieu, mes enfants, peut seul changer le monde. . . . Dans cinquante ans.
Mars au moins, dites-nous, grand-père.
Quand viendra l'honneur nous parler.
Et quand la perfide Angleterre Sentira son île trembler; Quand un étendard tricolore , A travers les flots inconstants...
- Mes chers enfants, puissiez-vous vivre encore Dans cinquante ans !