LES ECUS
Ma femme, le mariage N'est pas tout amusement ; Il faut rég[ler son ménage Et s'amuser sagement.
Vois-tu bien, ma bonne amie, Il faut de l'économie :
Dépensons peu ; mais surtout , Tachons d'amasser beaucoup.
Un mendiant. {Parlé.) Monsieur, la charité,' s'il vous plaît. — Laissez -moi, mon ami, je n'ai pas de monnaie.
— Mon ami , prenez-y garde , C'est vous que cela regarde.
— Ma femme, tu me comprends.
Les écus font des enfants.
Certes nous avons d'avance De quoi vivre , et même plus ; Ce n'est rien, si l'on ne pense A bien placer ses écus.
Tout ce que l'argent peut rendre , Il faut savoir le lui prendre ; L'eau va toujours à la mer, Et l'argent coûte si cher !
Monsieur, etc.
— Mon ami, prenez-y garde, C'est vous que cela regarde.
— Ma femme , tu me comprends , Les écus font des enfants.
De vingt mille francs de rente , Que Ton fait fructifier, On peut bien en tirer trente, Au moins, sans faire crier.
Avec dix, ou douze, ou treize.
Nous vivrons fort à notre aise ; Tout le surplus de nos frais Produira des intérêts.
Monsieur, etc.
— Mon ami, prenez-y garde.
C'est vous que cela regarde.
— Ma femme , tu me comprends , Les écus font des enfants.
Avec la chance commune , Seulement, vois, dans vingt ans, Quelle superbe fortune Pour établir nos enfants ,
Doux gages de notre flamme
Nous en aurons deux , ma femme ; Nos calculs seraient perdus , S'il en venait un de plus.
Monsieur, etc.
— Mon ami, prenez-y garde, C'est vous que cela regarde.
CHANSONS. lor
— Ma femme , tu me comprends , Les écus font des enfants.
De ce que le ciel nous donne
Jouissons honnêtement ;
Ainsi , sans nuire à personne ,
Nous vivrons en nous aimant.
La plus maligne satire
Sur nous n'aura rien à dire ;
Et, quant à faire du bien,
C'est bon pour ceux qui n'ont rien
Monsieur, etc.
— Mon ami, prenez-y garde.
C'est vous que cela regarde.
— Ma femme , tu me comprends , Les ëcus font des enfants.