IX MARI MALHEUREUX
Qu*ai-je donc fait aux dieux Pour être leur victime?
Suis-je un homme odieux ?
Ai-je commis un crime ?
Vous voyez devant vous Un mortel déplorable.
Le malheureux époux D'une femme adorable !
Monsieur, qu'en dites- vous?
Qu'en dites -vous y Madame?
i08 GUSTAVE NADAUD.
Ah ! plaig^nez un époux Adoré de sa femme !
Car si Clémence enfin Était comme les autres , Si j'avais le destin De tant de bons apôtres, J'aurais pour avocats Ses torts et ses caprices ; Mais quelle femme , hélas !
Elle n'a pas de vices !...
Monsieur, qu'en dites- vous?
Qu'en dites-vous, Madame?
Ah ! plaig^nez un époux Adoré de sa femme !
Elle est d'une douceur A vous rendre malade.
Si j'avais le bonheur De la trouver maussade , J'aurais quelque raison , Pour adoucir ma peine , De faire le g^arçon Une fois par semaine.
Monsieur, qu'en dites- vous?
Qu'en dites- vous. Madame?
Ah ! plaignez un époux Adoré de sa femme !
Si son ardeur du moins Était plus raisonnable
CHANSONS. iU9
Mais des plus tendres soins Sans cesse elle m'accable.
Elle est, dans son amour, Pire que vingt maîtresses ; Je ne puis un seul jour Éviter ses tendresses.
Monsieur, qu'en dites- vous?
Qu'en dites- vous, Madame?
Ah ! plaignez un époux Adoré de sa femme !
Que de fois je me dis :
Si ma femme était laide, J'irais voir mes amis Anténor et Tancrède ; Si quelque beau garçon La trouvait plus sensible , Je pourrais bien... Mais non, Elle est incorrigible ! . . .
Monsieur, qu'en dites- vous?
Qu'en dites -vous. Madame?
Ah ! plaignez un époux Adoré de sa femme !
Enfin je suis battu ; Je l'accorde moi-même; Non... C'est .trop de vertu :
Il faut bien que je l'aime.
Elle mourrait sans moi :
Je ne suis plus mon maître; Je crois presque , ma foi , Que j'aimerais mieux être . . .
Monsieur, qu'en dites*- vous?
.Qu'en dites- vous, Madame?
Àh ! plaignez un époux Adoré de sa femme !