‹ Chansons de Gustave NadaudChapitre 56 sur 249 · MES ENFANTS · texte numérisé non relu

MES ENFANTS

Voyez-vous le bel avantage D'avoir été jeune à vingt ans !

Les matrones du voisinage Me font honneur de leurs enfants.

Quand j'en aurais fait trois ou quatre, Voilà-t-il pas de quoi me battre?

Mais non , ma foi , Ces enfants ne sont pas de moi.

Hortense , ma première amie , Que j'entrevis à peine un jour, Prétend que sa fille Eugénie Est l'enfant aine de l'amour.

Pour un baiser sans conséquence Avoir une pareille chance ! . . .

Non , par ma foi , Cet enfant-là n'est pas de moi.

J'ai l)ien quelque part sur la terre Un filleul qui porte mon nom ; Sa mère , qui fut ma commère ,

Prétend qu'il me ressemble Non.

Je ne suis pas beau , c'est possible ; Mais, le malheureux est horrible.

Non , par ma foi , Cet enfant-là n'est pas de moi.

En vain vous prétendez, Adèle, Que vous n'aimez pas votre époux :

Cela ne prouve rien, ma belle, Sinon que votre fils est roux , Qu'il a le goût de la chicane.

Qu'il est avocat, Dieu le damne!

Non , par ma foi , Cet enfant-là n'est pas de moi.

Jean , viens ici que je t'embrasse ;

Te voilà frais émancipé ;

Bon chien , dit-on , chasse de race :

Ton père fiit souvent trompé.

Mais par la science tu brilles ,

Et puis tu n'aimes pas les filles....

Non , par ma foi , Cet enfant-là n'est pas de moi.

Le fils de mon propriétaire , Chose étrange, est un bon vivant;

Il dépense l'or de son père, Moitié mangeant, moitié buvant.

Mais, quand je lui lis notre histoire.

Son cœur ne bat pas pour la gloire ! . . .

Non , par ma foi , Cet enfant-là n'est pas de moi.

Cependant tout le monde assure Que Paul me ressemble : en effet, Il a ma taille , ma tournure ; Moi , je le trouve fort bien fait.

Puis il aime l'indépendance , Le vin , les femmes et la France.

Oui, par nm foi, Celui-là peut être de moi.

LE DOCTELR GRÉGOIRE.

Le docteur que j'ai

N'est pas agrégé; Il n'a ni cordons ni grades;

Il est détesté

De la faculté :

Il guérit tous ses malades.

Âh ! le bon docteur Et le remède admirable !

C'est une liqueur Qu'on peut même prendre à table. '

Quel plaisir,

Quel plaisir de boire

L'élixir Du docteur Grégoire !

Il dit : Mes enfants , Soyez bons vivants;

Suivez bien mon ordonnance :

C'est la bonne humeur Qui fait le bonheur,

Voilà toute la science.

Votre corps va mal?

Vite , |»renez-nioi ce verre ; Si c'est le moral ,

Buvez la bouteille entière.

Quel plaisir, Quel plaisir de boire

L'élixir Du docteur Grégoire !

Au pauvre ouvrier

Lassé du métier, Et qu'on veut mettre à la diète,

Il dit : Viens ici ;

Tiens, prends-moi ceci :

C'est de l'or dans ta cassette.

Et, quand il a bu Le remède de Grégoire,

L'ouvrier fourbu Se met à chanter victoire !

Quel plaisir, Quel plaisir de boire

L'éUxir Du docteur Grégoire !

A qui voudrait voir

Tout le monde en noir, Il met des lunettes roses ;

Aux pauvres rimeurs

Qui versaient des pleurs , Il a fait chanter des choses !

Il a guéri plus :

Deux ou trois cents journalistes,

Cent mille cocus Et quatre socialistes.

Quel plaisir, Quel plaisir de boire

L'éhxir Du docteur Grégoire !

Eh bien , la liqueur

De ce bon docteur Est le jus d'une racine

Qui vient du Pérou ,

De je ne sais où , De Golconde ou de la Chine

Non : c'est du raisin Qui pousse dans la campagne,

Et qui fait du vin D'Argenteuil ou de Champagne.

Quel plaisir.

Quel plaisir de boire

L'élixir Du docteur Grégoire !

13Î GUSTAVE NADAUO.

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