LES DIEUX
Les dieux s'en vont, disent les sages La raison a tu^ la foi.
Sur un océan plein d'orages, Plutôt que de voguer sans loi , Rendez-nous la mythologie Avec ses dieux grands et petits ; Faites-nous croire à la magie :
Tous les dieux ne sont pas partis.
Quelle est cette blonde déesse Qu'un temple ne peut contenir? Inclinez-vous : c'est la jeunesse Qui s'élance vers l'avenir.
Elle a l'audace ; elle veut croire A tous les nobles appétits, A l'amour et même à la gloire :
Tous les dieux ne sont pas partis.
Auprès d'elle est la folle fille Qui d'un banquet fait son autel ;
GHANSOISS. 159
Ses yeux sont un flambeau qui brille, Sa voix est un rire éternel.
Elle chante toutes les causes, Elle boit à tous les partis; C'est la gaîté semant des roses :
•Tous les dieux ne sont pas partis.
Avec plus d'art et de mystère, Un dieu gouverne tous nos sens :
L'amour, aussi vieux que la terre ^ Aussi jeune que le printemps.
Par ses tourments ou par ses charmes Il tient nos cœurs assujettis , Plein de plaisirs et plein de larmes : Tous les dieux ne sont pas partis.
Et toi , qui des seules injures Veux toujours prendre la moitié , Baume de toutes les blessures.
Salut à toi , sainte amitié !
Malheureux qui nîrait l'empire Des liens qu'il n'a pas sentis !
Plus malheureux qui les déchire!...
Tous les dieux ne sont pas partis.
Mais non : ces dieux imaginaires Ne sont que les rayons du jour.
Un seul maître verse à nos sphères Le soleil , la vie et l'amom*.
Pour les grands il fit la clémence , Le courage pour les petits; A tous il donne l'espérance : Tous les dieux ne sont pas partis.
iC)0 GrSTAVE NADAUD.